{"id":839,"date":"2020-08-21T12:21:36","date_gmt":"2020-08-21T10:21:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.per-turbas.fr\/?p=839"},"modified":"2023-11-21T13:37:41","modified_gmt":"2023-11-21T12:37:41","slug":"locke-cc-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/","title":{"rendered":"Locke (cc 2020)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-bright-blue-color\">Plan du cours sur le second <em>Trait\u00e9 du gouvernement<\/em> de Locke<\/mark><\/p>\n\n\n\n<p>Le cours sur Locke se d\u00e9ploie en deux temps: <br>1) le cours enregistr\u00e9 lors du confinement du printemps 2020<br>2) le cours sur <a href=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">la violence dans le second <em>Trait\u00e9 du gouvernement<\/em><\/a> (printemps et automne 2023)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><strong><em><strong><span class=\"has-inline-color has-bright-red-color\">Locke<\/span><\/strong><\/em><\/strong>, Trait\u00e9 du gouvernement civil <em>(1690) :<\/em><br><em> <strong>la soci\u00e9t\u00e9 civile au fondement de l\u2019\u00c9tat<\/strong><\/em><\/p>\n<cite>cours confin\u00e9 (printemps 2020)<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Locke d\u00e9fend le principe politique du pouvoir supr\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 (<em>supreme power of the people<\/em>) \u00e0 choisir sa forme de gouvernement civil (d\u00e9mocratie, r\u00e9publique, etc.) et, donc, il fonde le droit du peuple \u00e0 se rebeller contre l&#8217;abus de pouvoir d&#8217;un gouvernement incivil.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"has-text-align-center wp-block-heading\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-bright-red-color\">Commentaire du <em><a href=\"https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Trait%C3%A9_du_gouvernement_civil_(trad._Mazel)\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Trait\u00e9 du gouvernement civil<\/a><\/em> (1690)<\/mark><\/h5>\n\n\n\n<p>0. le r\u00e9publicanisme de Locke dans son contexte historique :<br>contre l&#8217;absolutisme de Hobbes, Locke d\u00e9fend le syst\u00e8me repr\u00e9sentatif et fonde le droit de r\u00e9sistance, en proposant une version populaire et la\u00efque de l&#8217;argumentaire monarchomaque<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Locke-1.wav\"><\/audio><figcaption class=\"wp-element-caption\">Locke contra Hobbes<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>1. engendrement de la communaut\u00e9 (<em>commonwealth<\/em>) ou soci\u00e9t\u00e9 civile (<em>civil society<\/em>) :<\/p>\n\n\n<p style=\"padding-left: 40px;\">1.1 de l&#8217;\u00e9tat de la nature<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Locke-2.wav\"><\/audio><figcaption class=\"wp-element-caption\">droit naturel et lois de la nature<\/figcaption><\/figure>\n\n\n<p style=\"padding-left: 40px;\">1.2 \u00e0 l&#8217;\u00e9tat civil <br data-rich-text-line-break=\"true\">dans le but de prot\u00e9ger les <em>properties <\/em>de l&#8217;individu (vie, libert\u00e9, biens)<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Locke-3.wav\"><\/audio><figcaption class=\"wp-element-caption\">des insuffisances de l&#8217;\u00e9tat de nature \u00e0 l&#8217;institution de la communaut\u00e9 civile<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>2. institution de la forme du gouvernement civil<br>comme moyen de prot\u00e9ger les <em>properties <\/em>de l&#8217;individu :<\/p>\n\n\n<p style=\"padding-left: 40px;\">2.1 l&#8217;exp\u00e9rience de l&#8217;\u00e9chec de l&#8217;absolutisme patriarcal \u00e0 l&#8217;origine de l&#8217;institution par les gens (<em>the people<\/em>) d&#8217;une forme de gouvernement civil : sous la forme d&#8217;une d\u00e9mocratie parfaite (Ath\u00e8nes, communaut\u00e9s am\u00e9rindiennes, etc.) ou d&#8217;un syst\u00e8me repr\u00e9sentatif de <em>distribution<\/em> des pouvoirs (et non pas de s\u00e9paration)<\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Locke-4.wav\"><\/audio><figcaption class=\"wp-element-caption\">des diff\u00e9rentes formes de gouvernement civil (d\u00e9mocratie, r\u00e9publique)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n<p style=\"padding-left: 40px;\">2.2 Locke en faveur du mod\u00e8le r\u00e9publicain de la subordination de l&#8217;ex\u00e9cutif au l\u00e9gislatif contre le mod\u00e8le &#8220;lib\u00e9ral&#8221; de la monarchie temp\u00e9r\u00e9e par deux chambres (<em>King in Parliament<\/em>) :<br>de la corruption d&#8217;un gouvernement incivil \u00e0 la r\u00e9bellion comme moyen de le dissoudre en vue d&#8217;instituer un nouveau gouvernement civil (justification du droit de r\u00e9sistance)<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><\/p>\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Locke-5.wav\"><\/audio><figcaption class=\"wp-element-caption\">triple modalit\u00e9 du pouvoir supr\u00eame de la soci\u00e9t\u00e9 : choix de la forme de gouvernement, formation de l&#8217;opinion publique, droit de se rebeller contre l&#8217;abus de pouvoir<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-css-opacity\"\/>\n\n\n<h6 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Locke r\u00e9publicain <em>ou<\/em> <em>whig<\/em> radical<\/span><\/h6>\n<p>La position politique de Locke est par cons\u00e9quent bien plus radicale que les \u00ab&nbsp;lib\u00e9raux&nbsp;\u00bb mod\u00e9r\u00e9s ou constitutionnalistes ne veulent l\u2019admettre<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. L\u2019engagement politique de Locke en atteste<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Originellement absolutiste, il adopte au cours des ann\u00e9es 1660 une position plus lib\u00e9rale, en particulier en mati\u00e8re religieuse, et devient un proche conseiller du futur Comte de Shaftesbury qu\u2019il aide \u00e0 r\u00e9diger aussi bien la Constitution de Caroline (1669) que la Lettre d\u2019une personne de qualit\u00e9 (1675), qui est consid\u00e9r\u00e9e comme un manifeste du parti <em>whig <\/em>en voie de constitution. Suite \u00e0 la crise dite d\u2019exclusion (1678-1681) pendant laquelle les <em>whigs<\/em> qui gagnent les \u00e9lections par trois fois (1679, 1680, 1681) cherchent en vain \u00e0 exclure par la voie l\u00e9gale le catholique Jacques&nbsp;II de la succession au tr\u00f4ne d\u2019Angleterre, son fr\u00e8re le Roi Charles&nbsp;II dissout le Parlement en mars 1681 et m\u00e8ne une campagne contre les <em>whigs<\/em>, accus\u00e9s de haute trahison devant des juges <em>tories <\/em>acquis \u00e0 la cause royale. Ayant \u00e9chou\u00e9 \u00e0 convaincre ses amis d\u2019organiser une r\u00e9bellion, Shaftesbury fuit en Hollande o\u00f9 Locke, soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir particip\u00e9 \u00e0 une conspiration dont l\u2019\u00e9chec m\u00e8ne \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de nombreux <em>whigs <\/em>pr\u00e9\u00e9minents, dont le r\u00e9publicain Sidney, se r\u00e9fugie pour sa part en 1683. Menac\u00e9 d\u2019extradition, il y vit sous un nom d\u2019emprunt et r\u00e9dige ou corrige diff\u00e9rents manuscrits qu\u2019il publie incognito avant de rentrer en Angleterre en 1689 suite \u00e0 la<em> Glorious Revolution<\/em>. C\u2019est manifestement cette exp\u00e9rience dramatique qui, provoqu\u00e9e par le blocage royal de la voie constitutionnelle \u00e0 partir de 1681, convainc Locke de reconna\u00eetre en principe le droit de r\u00e9sistance et de r\u00e9bellion du peuple contre un monarque despotique ou un parlement corrompu.<\/p>\n<p>Alors que l\u2019\u00e9tat de guerre d\u00e9clar\u00e9 par la r\u00e9bellion du Roi donne le droit au peuple non seulement de restaurer le pouvoir l\u00e9gislatif, \u00e9ventuellement en rendant la repr\u00e9sentation plus \u00e9quitable (\u00a7158), mais encore d\u2019instituer un nouveau pouvoir l\u00e9gislatif en cas de dissolution du gouvernement (\u00a7220), Locke constate cependant qu\u2019au terme des nombreuses <em>r\u00e9volutions <\/em>qui ont agit\u00e9 le Royaume d\u2019Angleterre, les gens en sont finalement revenus \u00e0 l\u2019ancienne forme d\u2019un pouvoir l\u00e9gislatif du Roi, des Lords et des Communes et se sont ainsi content\u00e9s de r\u00e9pondre aux provocations de la Couronne par un d\u00e9placement de la lign\u00e9e dynastique (\u00a7223). Loin de simplement chercher \u00e0 rassurer ceux qui craignent que son argument ne soit le ferment de fr\u00e9quentes r\u00e9bellions (\u00a7224) occasionnant des guerres civiles (\u00a7 228), Locke pourrait bien, \u00e0 travers ce constat ambigu, regretter que la plupart des gens soient plus dispos\u00e9s \u00e0 souffrir qu\u2019\u00e0 se soulever pour faire valoir leurs droits par la r\u00e9sistance (\u00a7230) et pr\u00e9venir la tyrannie avant de devoir la subir (\u00a7220).<\/p>\n<p>Selon Ashcraft (1986), Locke serait en fait un <em>whig <\/em>radical<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> qui, suivant l\u2019hypoth\u00e8se avanc\u00e9e par Terrel (2009), regretterait non seulement que la majorit\u00e9 des gens n\u2019aient pas en 1681-85 r\u00e9affirm\u00e9 leurs droits en r\u00e9sistant aux actes manifestement tyranniques du monarque, mais encore que la minorit\u00e9 des <em>whigs<\/em> radicaux se soit engag\u00e9e beaucoup trop tard dans la r\u00e9sistance arm\u00e9e apr\u00e8s s\u2019\u00eatre \u00e0 tort, en 1681, rang\u00e9e \u00e0 l\u2019avis des <em>whigs<\/em> mod\u00e9r\u00e9s qui pr\u00e9conisaient alors d\u2019attendre la dissolution du Parlement d\u2019Oxford avant d\u2019abandonner la m\u00e9thode l\u00e9gale. Contrairement \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation conservatrice des<em> tories<\/em> et des <em>whigs<\/em> mod\u00e9r\u00e9s qui d\u00e9nient la rupture constitutionnelle de 1688-1689 en r\u00e9duisant la fuite du Roi \u00e0 une simple abdication, Locke ouvrirait la possibilit\u00e9 radicale de penser que le vide constitutionnel provoqu\u00e9 par la dissolution du gouvernement permettrait d\u2019\u00e9tablir un syst\u00e8me l\u00e9gislatif compl\u00e8tement nouveau<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Sur le fondement de l\u2019exp\u00e9rience politique de son engagement dans la r\u00e9sistance, Locke aurait ainsi cherch\u00e9 \u00e0 fonder une th\u00e9orie radicale du pouvoir constituant<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> du peuple en tant que corps politique (comme plus tard Siey\u00e8s)<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. La restauration de l\u2019ancienne forme de gouvernement, dissoute, n\u2019est donc pas l\u2019unique solution, comme le pr\u00e9tendent conjointement les <em>tories<\/em> et les <em>whigs<\/em> mod\u00e9r\u00e9s&nbsp;: lors de telles r\u00e9volutions, le peuple a le droit d\u2019\u00e9riger un nouveau pouvoir l\u00e9gislatif (\u00a7212) qui peut diff\u00e9rer de l\u2019ancien par le changement des personnes, par la modification de la <em>forme <\/em>l\u00e9gislative, ou des deux \u00e0 la fois, selon ce que les gens estiment plus profitable pour leur s\u00e9curit\u00e9 et leur bien (\u00a7220). En conclusion du<em> Second trait\u00e9<\/em>, Locke \u00e9voque m\u00eame la possibilit\u00e9 encore plus radicale, d\u00e9mocratique en fait, que les gens gardent le pouvoir l\u00e9gislatif \u00e0 la suite de la dissolution de la forme de gouvernement&nbsp;:<\/p>\n<pre>\u00ab&nbsp;le pouvoir que chaque individu a donn\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 lorsqu\u2019il est entr\u00e9 en elle ne peut jamais \u00eatre rendu \u00e0 nouveau aux individus aussi longtemps que la soci\u00e9t\u00e9 dure, mais restera toujours dans la communaut\u00e9 (...). Mais s\u2019ils ont mis des limites \u00e0 la dur\u00e9e de la l\u00e9gislature et rendu le pouvoir supr\u00eame accord\u00e9 \u00e0 une personne ou une assembl\u00e9e uniquement temporaire&nbsp;: ou bien encore lorsque ce pouvoir est rendu par les \u00e9garements de ceux qui ont l\u2019autorit\u00e9&nbsp;; par la trahison de leurs gouvernants ou au terme du temps imparti, <u>ce pouvoir supr\u00eame revient \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9<\/u>, et les gens ont le droit d\u2019agir en tant que souverain (<em>as supreme<\/em>) et d\u2019exercer le pouvoir l\u00e9gislatif par eux-m\u00eames, ou d\u2019<u>instituer une nouvelle forme<\/u>, ou bien encore dans le cadre de l\u2019ancienne forme de le placer dans d\u2019autres mains, selon ce qu\u2019ils estiment \u00eatre bien \u00bb (\u00a7243).<\/pre>\n<p>La dissolution du gouvernement, qui n\u2019est pas une dissolution de la soci\u00e9t\u00e9 comme corps politique, peut donc ramener \u00e0 l\u2019origine de l\u2019institution de la communaut\u00e9 politique o\u00f9 la majorit\u00e9 poss\u00e8de tout le pouvoir de la communaut\u00e9 et emploie tout ce pouvoir \u00e0 faire de temps en temps des lois pour la communaut\u00e9 et \u00e0 les faire respecter par des agents commissionn\u00e9s \u00e0 cette fin&nbsp;: en ce cas, \u00ab&nbsp;la forme du gouvernement est une <u>d\u00e9mocratie parfaite<\/u>&nbsp;\u00bb (\u00a7132).<\/p>\n<pre class=\"StyleGauche051cmPremireligne0cm\"><span lang=\"EN-US\">\u00ab&nbsp;<span style=\"color: #ff0000;\">Le plus grand nombre, comme il a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9, ayant, parmi ceux qui sont unis en soci\u00e9t\u00e9, le pouvoir entier du corps politique, peut employer ce pouvoir \u00e0 faire des lois, de temps en temps, pour la communaut\u00e9, et \u00e0 faire ex\u00e9cuter ces lois par des officiers destin\u00e9s \u00e0 cela par ce plus grand nombre, et alors la forme du gouvernement est une v\u00e9ritable d\u00e9mocratie<\/span>. Il peut aussi remettre entre les mains de peu de personnes choisies, et de leurs h\u00e9ritiers ou successeurs, le pouvoir de faire des lois; alors c\u2019est une oligarchie; ou le remettre entre les mains d\u2019un seul, et c\u2019est une monarchie. Si le pouvoir est remis entre les mains d\u2019un seul et de ses h\u00e9ritiers, c\u2019est une monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire ; s\u2019il lui est commis seulement \u00e0 vie, et \u00e0 condition qu\u2019apr\u00e8s sa mort le pouvoir retournera \u00e0 ceux qui le lui ont confi\u00e9, et qu\u2019ils lui nommeront un successeur : c\u2019est une monarchie \u00e9lective. Toute soci\u00e9t\u00e9 qui se forme a la libert\u00e9 d\u2019\u00e9tablir un gouvernement tel qu\u2019il lui pla\u00eet, de le combiner et de le m\u00ealer des diff\u00e9rentes sortes que nous venons de marquer, comme elle juge \u00e0 propos. Que si le pouvoir l\u00e9gislatif a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par le plus grand nombre, \u00e0 une personne ou \u00e0 plusieurs, seulement \u00e0 vie, ou pour un temps autrement limit\u00e9; <span style=\"color: #ff0000;\">quand ce temps-l\u00e0 est fini, le pouvoir souverain<\/span> [<em>the supreme power<\/em>] <span style=\"color: #ff0000;\">retourne \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9; et quand il y est retourn\u00e9 de cette mani\u00e8re, la soci\u00e9t\u00e9 en peut disposer comme il lui pla\u00eet, et le remettre entre les mains de ceux qu\u2019elle trouve bon, et ainsi \u00e9tablir une nouvelle forme de gouvernement<\/span>.&nbsp;\u00bb (\u00a7132)<br><\/span><span lang=\"EN-US\">\u00ab&nbsp;Par <i>commonwealth<\/i>, il ne faut donc point entendre, <span style=\"color: #ff0000;\">ni une d\u00e9mocratie, ni aucune autre forme de gouvernement<\/span>, mais bien en g\u00e9n\u00e9ral une soci\u00e9t\u00e9 ind\u00e9pendante, que les Latins ont tr\u00e8s bien d\u00e9sign\u00e9e par le mot <i>civitas<\/i>, et qu\u2019aucun mot de notre langue ne saurait mieux exprimer que celui \u201c<i>commonwealth<\/i>\u201d.\u00bb (\u00a7132)<\/span><\/pre>\n<p>C\u2019est le sch\u00e9ma m\u00eame que reprendra Rousseau dans le<em> Contrat social<\/em> (1762) m\u00eame si le vocabulaire est diff\u00e9rent puisque Locke semble \u00e9viter le terme <em>r\u00e9publicain<\/em>, peut-\u00eatre d\u00e9cri\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 cause de la r\u00e9publique de Cromwell, alors que Rousseau critiquera au contraire explicitement le r\u00e9gime divin de la d\u00e9mocratie parfaite (liv.&nbsp;III, chap.iv du <em>Contrat social<\/em>). Qu\u2019il s\u2019agisse bien pour Locke d\u2019une forme de gouvernement, et non pas d\u2019une figure informe \u00e0 laquelle manque la forme du syst\u00e8me repr\u00e9sentatif comme dira Kant en 1795<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, est imm\u00e9diatement attest\u00e9 par la suite&nbsp;: la forme de gouvernement d\u00e9pendant de la mani\u00e8re dont le pouvoir l\u00e9gislatif supr\u00eame est <em>plac\u00e9 <\/em>par la communaut\u00e9, cette communaut\u00e9 publique (<em>commonwealth<\/em>) n\u2019est pas elle-m\u00eame une d\u00e9mocratie ou n\u2019importe quelle autre forme de gouvernement, mais une communaut\u00e9 ind\u00e9pendante (\u00a7133) qui peut se d\u00e9cider pour la d\u00e9mocratie ou instituer une autre forme de gouvernement.<\/p>\n<p>C\u2019est comme si Locke avait reconnu l\u2019alternative politique entre la d\u00e9mocratie directe et le syst\u00e8me repr\u00e9sentatif&nbsp;: le gouvernement qui veut par exemple pr\u00e9lever des imp\u00f4ts sur les gens doit n\u00e9cessairement le faire avec le consentement de la majorit\u00e9, <em>donn\u00e9e par les gens eux-m\u00eames<\/em> ou bien par les repr\u00e9sentants qu\u2019ils ont choisis (\u00a7140). Loin d\u2019\u00eatre focalis\u00e9 sur le mod\u00e8le anglais d\u2019une monarchie limit\u00e9e par le parlement dont il ferait l\u2019apologie, Locke envisage d\u2019autres possibilit\u00e9s politiquement bien plus radicales, dont 1) la d\u00e9mocratie parfaite qui, certes, peut appara\u00eetre comme un id\u00e9al pass\u00e9 et d\u00e9pass\u00e9 en Europe (Rome et Venise) bien qu\u2019elle soit encore pratiqu\u00e9e par les peuples d\u2019Am\u00e9rique (\u00a7\u00a7102,108) : du moins par ceux qui ne sont pas domin\u00e9s par les empires du P\u00e9rou et du Mexique (\u00a7105).<\/p>\n<pre>\u00ab&nbsp;s\u2019ils avaient besoin de quelqu\u2019un qui les gouvern\u00e2t, parce que des gens qui vivent ensemble ne peuvent se passer qu\u2019avec peine de quelque gouvernement, qui pouvait le faire mieux que leur p\u00e8re commun? \u00e0 moins que sa n\u00e9gligence, sa cruaut\u00e9 ou quelque autre d\u00e9faut de l\u2019esprit ou du corps ne l\u2019en rend\u00eet incapable. Mais quand le p\u00e8re venait \u00e0 mourir, et que le plus proche h\u00e9ritier qu\u2019il laissait n\u2019\u00e9tait pas capable de gouverne\u00adment, faute d\u2019\u00e2ge, de sagesse, de prudence, de courage ou de quelque autre qualit\u00e9, ou bien lorsque diverses familles convenaient de s\u2019unir et de continuer \u00e0 vivre ensemble dans une m\u00eame soci\u00e9t\u00e9: il ne faut point douter qu\u2019alors tous ceux qui composaient ces familles, n\u2019usassent pleinement de leur libert\u00e9 naturelle, pour \u00e9tablir sur eux celui qu\u2019ils jugeaient le plus capable de les gouverner. Conform\u00e9ment \u00e0 cela, nous voyons que <span style=\"color: #ff0000;\">les peuples de l\u2019Am\u00e9rique, qui vivent \u00e9loign\u00e9s des \u00e9p\u00e9es des conqu\u00e9rants, et de la domination ambitieuse des deux grands Empires du P\u00e9rou et du Mexique, jouissent de leur naturelle libert\u00e9<\/span>; quoique, <em>c\u0153teris paribus<\/em>, ils pr\u00e9f\u00e8rent d\u2019ordinaire l\u2019h\u00e9ritier du Roi d\u00e9funt. Cependant, <span style=\"color: #ff0000;\">s\u2019ils viennent \u00e0 remarquer en lui quelque faiblesse, quelque d\u00e9faut consid\u00e9rable, quelque incapacit\u00e9 essentielle, ils le laissent; et ils \u00e9tablissent, pour leur gouverneur, le plus vaillant et le plus brave d\u2019entre eux<\/span>.&nbsp;\u00bb (\u00a7105)<\/pre>\n<p>Mais il forge surtout 2) l\u2019id\u00e9al-type d\u2019un syst\u00e8me repr\u00e9sentatif fond\u00e9 sur le principe r\u00e9publicain de la subordination de l\u2019ex\u00e9cutif au pouvoir l\u00e9gislatif supr\u00eame (chap.13). L\u2019exemple de la constitution anglaise n\u2019est donc pas un <em>mod\u00e8le <\/em>\u00e0 suivre, mais un cas probl\u00e9matique \u00e0 consid\u00e9rer d\u2019autant plus correctement (<em>aright<\/em>) que c\u2019est la situation \u00e0 laquelle Locke et tous ses contemporains anglais sont effectivement confront\u00e9s. Locke illustre en effet le cas de la dissolution du gouvernement provoqu\u00e9e de l\u2019int\u00e9rieur par l\u2019abus du pouvoir que la soci\u00e9t\u00e9 avait d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 aux d\u00e9tenteurs de l\u2019autorit\u00e9 (\u00a7212) \u00e0 travers cet exemple pas du tout exemplaire. La situation historico-politique de l\u2019Angleterre du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00e9tant suppos\u00e9e (<em>ex hypothesis<\/em>)<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, l\u2019exemple de la constitution anglaise permet d\u2019expliciter les diff\u00e9rents cas d\u2019alt\u00e9ration du pouvoir l\u00e9gislatif par le prince qui justifient la r\u00e9bellion et, par suite, l\u2019institution d\u2019un pouvoir l\u00e9gislatif (\u00a7\u00a7214-120)&nbsp;:<\/p>\n<pre>\u00ab&nbsp;Cela \u00e9tant habituellement accompli par ceux qui, dans la communaut\u00e9 publique, abusent du pouvoir qu\u2019ils ont&nbsp;: il est difficile de le consid\u00e9rer justement et de savoir d\u2019o\u00f9 cela provient sans conna\u00eetre la forme de gouvernement dans laquelle cela arrive. <u>Supposons<\/u> le pouvoir l\u00e9gislatif plac\u00e9 dans la concurrence de trois personnes distinctes&nbsp;: 1)&nbsp;Une seule personne h\u00e9r\u00e9ditaire ayant le pouvoir ex\u00e9cutif constant et supr\u00eame, et en plus le pouvoir de convoquer et dissoudre les deux autres \u00e0 certains moments. 2)&nbsp;Une assembl\u00e9e de la noblesse h\u00e9r\u00e9ditaire. 3)&nbsp;Une assembl\u00e9e de repr\u00e9sentants choisis par les gens <em>pro tempore<\/em> [pour un certain temps]&nbsp;: une telle forme de gouvernement \u00e9tant <u>suppos\u00e9e<\/u>, il est \u00e9vident&nbsp;\u00bb (\u00a7213) que, dans quatre cas, le prince dissout le gouvernement en abusant du pouvoir (\u00a7\u00a7214-218)<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/pre>\n<p>Sur la base de cette \u00e9vidence, Locke peut conclure que \u00ab&nbsp;dans ces <u>cas<\/u>-l\u00e0 et dans d\u2019autres similaires o\u00f9 le gouvernement est dissous, les gens ont la libert\u00e9 de se secourir eux-m\u00eames en \u00e9rigeant un nouveau pouvoir l\u00e9gislatif qui diff\u00e8re de l\u2019ancien par le changement des personnes, ou de la forme, ou des deux&nbsp;\u00bb (\u00a7220). Loin de faire l\u2019apologie de ce syst\u00e8me repr\u00e9sentatif qu\u2019on appellera plus tard la monarchie constitutionnelle, Locke en analyse ainsi le d\u00e9voiement possible afin de justifier la r\u00e9bellion.<\/p>\n<p>On sait que Locke s\u2019y est repris \u00e0 plusieurs fois pour composer son <em>Second trait\u00e9<\/em>&nbsp;: en r\u00e9digeant probablement une premi\u00e8re version en 1681-83<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, il a d\u00fb la r\u00e9viser compl\u00e8tement \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la <em>Glorious Revolution<\/em> et mettre la derni\u00e8re touche au manuscrit entre f\u00e9vrier et ao\u00fbt 1689<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a> avant de le publier en d\u00e9cembre 1689. Comme Locke avait suffisamment justifi\u00e9 le droit de r\u00e9sistance et de r\u00e9bellion du peuple contre un gouvernement devenu incivil dans le chapitre sur la subordination des pouvoirs, on peut conjecturer que le chapitre final sur la dissolution de gouvernement a \u00e9t\u00e9 amend\u00e9 pour r\u00e9pondre explicitement \u00e0 la situation pr\u00e9sente de la <em>restauration<\/em> de la forme ancienne de gouvernement en Angleterre (\u00a7223). Comme la l\u00e9gitimit\u00e9 de la R\u00e9volution glorieuse n\u2019est pas m\u00eame contest\u00e9e par les <em>tories<\/em> ralli\u00e9s \u00e0 cette solution (je fais abstraction des jacobites exil\u00e9s), il ne peut s\u2019agir pour Locke de simplement justifier cette r\u00e9volution et la restauration de l\u2019ancien r\u00e9gime d\u2019une monarchie temp\u00e9r\u00e9e par deux chambres. Compte tenu du d\u00e9s\u00e9quilibre institutionnel en faveur d\u2019un monarque pourvu d\u2019une partie du pouvoir l\u00e9gislatif, il s\u2019agit bien plut\u00f4t de pr\u00e9venir tout abus de pouvoir \u00e0 venir en justifiant par avance toute r\u00e9bellion contre une telle tentative. Locke n\u2019est pas Montesquieu.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Jean Terrel, <em>Constituent power and resistance&nbsp;: did Locke have any followers&nbsp;?<\/em>, pp. 13-33 in&nbsp;: <em>Locke\u2019s political liberty&nbsp;: readings and misreadings<\/em>, ed. by C. Miqueu &amp; M.&nbsp;Chamie, Voltaire Foundation Oxford, 2009.<br><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Voir l\u2019introduction de Mark Goldie, <em>op. cit.<\/em>, pp.xv-xxi.<br><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.&nbsp;xxxv. Voir les chapitres 7-11 de l\u2019admirable ouvrage de Richard Ashcraft, <em>Revolutionary Politics and Locke\u2019s Two Treatises of Government<\/em>, 1986, Princeton University Press.<br><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Terrel (2009), <em>Constituent power and resistance&nbsp;: did Locke have any followers&nbsp;?<\/em>,<em> op. cit.<\/em>, pp.26-31.<br><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.33.<br><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.24.<br><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Premier article d\u00e9finitif de la <em>Paix<\/em><em> perp\u00e9tuelle<\/em> de Kant (1795)&nbsp;: XI-207\/fr.87, <em>Ak.<\/em>&nbsp;VIII-352.<br><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Il ne s\u2019agit pas \u00e0 mon sens d\u2019une supposition hypoth\u00e9tique, mais d\u2019une hypoth\u00e8se au sens aristot\u00e9licien du terme&nbsp;: l\u2019hypoth\u00e8se d\u00e9signe en ce sens des donn\u00e9es effectives qui sont <em>de facto<\/em> (sup)pos\u00e9es au pr\u00e9alable. Dans les <em>Politiques<\/em>, Aristote propose de concevoir le meilleur absolu, puis le meilleur relatif (1288b26), c\u2019est-\u00e0-dire relativement \u00e0 la nature (1287b38) des uns et des autres, avant de juger \u00e0 partir des conditions pr\u00e9alables (1296b9-10) d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9es qui sont favorables plut\u00f4t au r\u00e9gime d\u00e9mocratique ou oligarchique (1296b, <em>cf<\/em>. 1328b39) ou encore au r\u00e9gime souhaitable (1325b35-36) de la <em>politeia<\/em> (1293b-1294b).<br><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Dans son introduction aux <em>Two Treatises of Government <\/em>de Locke, Goldie pr\u00e9cise les circonstances historiques qui correspondent \u00e0 ces diff\u00e9rents cas de figure \u00e9voqu\u00e9s par Locke, <em>op. cit.<\/em>, p.xxxiv.<br><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.xxi.<br><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Terrel (2009), p.26-27. Locke revient en Angleterre deux jours avant le couronnement de Guillaume et Marie en f\u00e9vrier 1689 et envoie son manuscrit \u00e0 l\u2019imprimeur en ao\u00fbt 1689.<\/p>\n\n\n<!--nextpage-->\n\n\n<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #ff0000;\">John Locke<\/span><br><span style=\"color: #ff0000;\"><em>Second Treatise of government<\/em> (1690)<\/span><br><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>la force contre la violence<\/em><\/strong><\/span><\/h3>\n<p>Le second <em>Trait\u00e9 du gouvernement<\/em>, qui en examine la v\u00e9ritable \u00e9tendue et finalit\u00e9 propre au gouvernement vraiment civil, commence par rappeler la r\u00e9futation, par le premier trait\u00e9, de la fondation de droit divin du gouvernement (\u00e0 partir d\u2019Adam). Car, si cela devait \u00eatre le cas, tout gouvernement sur Terre serait, sur le mod\u00e8le d\u2019une domination priv\u00e9e et d\u2019une juridiction paternelle, \u00ab&nbsp;le seul produit de la force et de la violence&nbsp;\u00bb&nbsp;: en ce cas, les hommes ne seraient pas \u00ab&nbsp;r\u00e9gis par d\u2019autres r\u00e8gles que celles des b\u00eates, chez qui le plus fort l\u2019emporte, ce qui fonderait \u00e0 jamais le d\u00e9sordre, le trouble, le tumulte, la s\u00e9dition et la r\u00e9bellion&nbsp;\u00bb [\u00a7&nbsp;1, (4)&nbsp;].<\/p>\n<pre style=\"padding-left: 40px;\">\u00ab&nbsp;<em>all government in the world is the product only of force and violence, and that men live together by no other rules but that of beasts, where the strongest carries it, and so lay a foundation for perpetual disorder and mischief, tumult, sedition and rebellion<\/em>&nbsp;\u00bb [\u00a7&nbsp;1, (4)&nbsp;]<\/pre>\n<p>Les hommes seraient r\u00e9gis, comme les b\u00eates, par la loi du plus fort qui n\u2019est rien d\u2019autre que le r\u00e8gne de la violence au sein de ce que Locke appelle l\u2019\u00e9tat de guerre qui, contrairement \u00e0 ce que pense Hobbes, n\u2019est pas l\u2019\u00e9tat de nature. Car, au contraire de l\u2019\u00e9tat de guerre, dans l\u2019\u00e9tat de nature, l\u2019usage de la force n\u2019en est pas <em>ipso facto<\/em> l\u2019abus sous la forme de la violence exerc\u00e9e par l\u2019un aux d\u00e9pens de l\u2019autre, et ce en contravention avec les lois de la nature ou de la raison&nbsp;: il y a donc distinction entre force et violence au sein de l\u2019\u00e9tat de nature. Ce qui vaut tout autant de la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9gie par un gouvernement civil&nbsp;: la <em>force<\/em> publique de la communaut\u00e9 politique s\u2019y oppose aux <em>violences<\/em> des criminels ou des d\u00e9linquants, en les condamnant \u00e0 la peine capitale ou \u00e0 de moindres peines. Dans l\u2019\u00e9tat civil de la soci\u00e9t\u00e9 politique, la violence de l\u2019individu qui viole une loi positive, autant qu\u2019une loi naturelle, est un crime qui doit \u00eatre sanctionn\u00e9 par ce que Locke n\u2019appelle pas une violence, alors m\u00eame qu\u2019il peut s\u2019agir de la peine de mort&nbsp;:<\/p>\n<pre style=\"padding-left: 40px;\">\u00ab&nbsp;3. J\u2019entends donc par pouvoir politique le droit de faire des lois, sanctionn\u00e9es par des peines de mort et aussi par des peines moins graves, afin de r\u00e9glementer et de prot\u00e9ger la propri\u00e9t\u00e9&nbsp;; [et celui] d\u2019employer la force publique afin de les faire ex\u00e9cuter et de d\u00e9fendre l\u2019\u00c9tat contre les attaques venues de l\u2019\u00e9tranger&nbsp;: tout cela en vue, seulement, du bien public.&nbsp;\u00bb<br><br>\u00ab&nbsp;Sect. 3. <em>POLITICAL POWER, then, I take to be a RIGHT of making laws with penalties of death, and consequently all less penalties, for the regulating and preserving of property, and of employing the force of the community, in the execution of such laws, and in the defence of the commonwealth from foreign injury; and all this only for the public good.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/pre>\n<p>En revanche, la distinction entre force et violence tend \u00e0 se dissiper dans l\u2019\u00e9tat de guerre. Or cela peut se produire de deux mani\u00e8res bien diff\u00e9rentes selon que la guerre est d\u00e9clar\u00e9e par un criminel, qui viole les lois civiles, ou bien par une puissance publique, qui outrepasse son droit par le moyen d\u2019une conqu\u00eate [chap.&nbsp;XVI] ou d\u2019une usurpation [chap.&nbsp;XVII]. Dans le cas d\u2019une conqu\u00eate militaire par une force \u00e9trang\u00e8re, le conqu\u00e9rant se rend \u00ab&nbsp;coupable de la violence et injustice commise par une injuste guerre&nbsp;\u00bb [\u00a7&nbsp;179] qui force les sujets \u00e0 se soumettre [\u00a7&nbsp;176], avec pour cons\u00e9quence de dissoudre le gouvernement autant que la soci\u00e9t\u00e9 qui \u00e9tait cens\u00e9e prot\u00e9ger la multitude des sujets \u00ab&nbsp;en les pr\u00e9servant de la violence&nbsp;\u00bb [\u00a7&nbsp;211]. Dans le cas d\u2019une usurpation, l\u2019abus de pouvoir tyrannique de la part des autorit\u00e9s en charge du gouvernement \u00e9quivaut \u00e0 une <em>r\u00e9bellion<\/em> du pouvoir \u00e9tabli contre les institutions et le r\u00e9gime de libert\u00e9 qui conduit \u00e0 une dissolution du gouvernement civil&nbsp;: cette reprise des armes (<em>rebellium<\/em>) provoque un \u00e9tat de guerre en quelque sorte g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 [chap.&nbsp;XIX]. Dans le cas d\u2019une violation circonstanci\u00e9e des lois civiles par un agresseur, en revanche, l\u2019\u00e9tat de guerre est lui-m\u00eame limit\u00e9&nbsp;: l\u2019infraction contre les lois civiles de la part d\u2019un voleur, par exemple, \u00e9quivaut \u00e0 une d\u00e9claration de guerre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 par laquelle il se met hors la loi (<em>ex lex<\/em>), de sorte que chacun a le droit de se d\u00e9fendre par la force contre cet agresseur, tant du moins qu\u2019il n\u2019est pas encore d\u00e9fendu par la force publique. N\u00e9anmoins, quelles que puissent \u00eatre les diff\u00e9rences entre tous ces cas de figure de l\u2019\u00e9tat de guerre, ils ont ceci en commun que force et violence tendent \u00e0 y devenir indiscernables, l\u2019emploi de la force mena\u00e7ant \u00e0 tout moment de devenir violent. Car le recours \u00e0 la force sans y avoir aucun droit ne peut se faire sans violence&nbsp;: le r\u00e8gne de la force dans l\u2019\u00e9tat de guerre implique toujours, au moins potentiellement, l\u2019usage de la violence. C\u2019est du moins ce qu\u2019il faut montrer.<\/p>\n<p>La force exerc\u00e9e par le conqu\u00e9rant, qui menace de mort avec son \u00e9p\u00e9e (<em>the conqueror with a sword at their breasts<\/em>), ou par le voleur, qui met en joue sa victime (<em>a thief with a pistol at my breast<\/em>) pour extorquer le consentement de sa victime, revient \u00e0 <em>faire violence<\/em> \u00e0 la personne contrainte de c\u00e9der pour garder la vie sauve, m\u00eame si la menace n\u2019est pas mise \u00e0 ex\u00e9cution [\u00a7&nbsp;186]. Or rien ne garantit que l\u2019usage de la force, qui est d\u00e9j\u00e0 abusif, ne se solde par une violence effective contre la personne. Car l\u2019abus de la force, qui en est l\u2019usage injuste, provoque un \u00e9tat de guerre o\u00f9 l\u2019agresseur, potentiellement violent, peut le devenir effectivement \u00e0 tout moment&nbsp;: aux yeux de Locke, c\u2019est une seule et m\u00eame chose de s\u2019introduire en douce chez quelqu\u2019un pour l\u2019emp\u00eacher <em>de force<\/em> d\u2019y rentrer (<em>by force<\/em>) et d\u2019ouvrir une maison par effraction pour en <em>violemment<\/em> jeter dehors (<em>violently<\/em>) le locataire ou propri\u00e9taire. Il y a bien une diff\u00e9rence entre ces deux mani\u00e8res d\u2019op\u00e9rer qui recoupe la distinction, d\u00e9j\u00e0 rep\u00e9r\u00e9e par les Grecs anciens, entre la fraude et la force. Mais ces deux <em>moyens<\/em> de commettre une injustice se rejoignent dans le fait de <em>contraindre<\/em> quelqu\u2019un, par la force ou la ruse, \u00e0 faire ou \u00e0 subir un pr\u00e9judice (<em>injury<\/em>)&nbsp;:<\/p>\n<pre style=\"padding-left: 40px;\">\u00ab&nbsp;181. Bien que dans toute guerre il y ait habituellement une intrication entre force et dommage, et que l\u2019agresseur manque rarement de faire du tort \u00e0 leur \u00e9tat lorsqu\u2019il use de la force contre les personnes avec lesquelles il est en guerre&nbsp;; c\u2019est pourtant uniquement l\u2019usage de la force qui met un homme en \u00e9tat de guerre. Or, soit qu\u2019il commence \u00e0 faire du tort par la force, soit qu\u2019il le fasse en douce, et par fraude, et qu\u2019il refuse de le r\u00e9parer et le maintienne par la force (ce qui est la m\u00eame chose que de l\u2019avoir fait tout d\u2019abord par la force), c\u2019est l\u2019usage injuste de la force qui provoque la guerre. En effet, qu\u2019un homme enfonce la porte de ma maison et me jette dehors avec violence&nbsp;; ou qu\u2019apr\u00e8s s\u2019y \u00eatre gliss\u00e9 sans bruit, il m\u2019emp\u00eache par la force d\u2019y rentrer, ce n\u2019est qu\u2019une seule et m\u00eame chose, du moins si nous sommes dans un \u00e9tat sans commun juge sur terre auquel on puisse faire appel et auquel nous sommes tous deux oblig\u00e9s d\u2019ob\u00e9ir&nbsp;: c\u2019est d\u2019un tel \u00e9tat dont je suis pr\u00e9sentement en train de parler. C\u2019est donc l\u2019injuste usage de la force qui met un homme dans l\u2019\u00e9tat de guerre avec un autre; et par-l\u00e0, celui qui en est coupable, met sa vie en jeu. Car abandonnant la raison, qui est la r\u00e8gle \u00e9tablie entre les hommes, et employant la force, la voie des b\u00eates, il prend le risque d\u2019\u00eatre d\u00e9truit par celui contre lequel il use de force, comme toute b\u00eate de proie sauvage qui est dangereuse pour sa vie.&nbsp;\u00bb<br><br>\u00ab&nbsp;Sect. 181. <em>Though in all war there be usually a complication of force and damage, and the aggressor seldom fails to harm the estate, when he uses force against the persons of those he makes war upon; yet it is the use of force only that puts a man into the state of war: for whether by force he begins the injury, or else having quietly, and by fraud, done the injury, he refuses to make reparation, and by force maintains it, (which is the same thing, as at first to have done it by force) it is the unjust use of force that makes the war: for he that breaks open my house, and violently turns me out of doors; or having peaceably got in, by force keeps me out, does in effect the same thing; supposing we are in such a state, that we have no common judge on earth, whom I may appeal to, and to whom we are both obliged to submit: for of such I am now speaking. It is the unjust use of force then, that puts a man into the state of war with another; and thereby he that is guilty of it makes a forfeiture of his life: for quitting reason, which is the rule given between man and man, and using force, the way of beasts, he becomes liable to be destroyed by him he uses force against, as any savage ravenous beast, that is dangerous to his being.<\/em>&nbsp;\u00bb<\/pre>\n<p>Dans l\u2019\u00e9tat de guerre, le passage en force \u00e9quivaut pour un \u00eatre humain \u00e0 se comporter comme une b\u00eate sauvage qui ravit la vie des \u00eatres qui sont ses proies&nbsp;: cela revient donc \u00e0 dire que l\u2019agresseur qui fait du tort ou du mal \u00e0 quelqu\u2019un commet \u00e0 son endroit une violence, sans qu\u2019il ne soit n\u00e9cessaire d\u2019user express\u00e9ment du terme <em>violence<\/em>. L\u2019usage injuste de la force par l\u2019agresseur est <em>ipso facto<\/em> violence. Il en va de m\u00eame lorsque les d\u00e9tenteurs du pouvoir (<em>magistrate<\/em>) exercent une \u00ab&nbsp;violence illicite&nbsp;\u00bb en portant atteinte de mani\u00e8re ill\u00e9gale aux libert\u00e9s ou propri\u00e9t\u00e9s des gens [\u00a7&nbsp;228]&nbsp;: \u00ab&nbsp;<\/p>\n<pre style=\"padding-left: 40px;\">\u00ab&nbsp;la r\u00e9bellion \u00e9tant une action par laquelle on s\u2019oppose, non aux personnes, mais \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 qui est fond\u00e9e uniquement sur les constitutions et les lois du gouvernement, tous ceux, quels qu\u2019ils soient, qui, par force, enfreignent ces lois et justifient, par force, la violation de ces lois inviolables, sont v\u00e9ritablement et proprement des rebelles. Car, lorsque des hommes sont entr\u00e9s dans une soci\u00e9t\u00e9 et dans un gouvernement civil, ils en ont exclu la force et y ont \u00e9tabli des lois pour la conservation de la propri\u00e9t\u00e9, de la paix et de l\u2019union entre eux, ceux qui r\u00e9tablissent la force pour s\u2019opposer aux lois ne font que se rebeller [<em>rebellare<\/em>], c\u2019est-\u00e0-dire r\u00e9introduire l\u2019\u00e9tat de guerre et sont proprement des rebelles.&nbsp;\u00bb<br><br>\u00ab&nbsp;Sect. 226. Thirdly, I answer, that this doctrine of a power in the people of providing for their safety a-new, by a new legislative, when their legislators have acted contrary to their trust, by invading their property, is the best fence against rebellion, and the probablest means to hinder it: for rebellion being an opposition, not to persons, but authority, which is founded only in the constitutions and laws of the government; those, whoever they be, who by force break through, and by force justify their violation of them, are truly and properly rebels: for when men, by entering into society and civil-government, have excluded force, and introduced laws for the preservation of property, peace, and unity amongst themselves, those who set up force again in opposition to the laws, do <em>rebellare<\/em>, that is, bring back again the state of war, and are properly rebels: which they who are in power, (by the pretence they have to authority, the temptation of force they have in their hands, and the flattery of those about them) being likeliest to do; the properest way to prevent the evil, is to shew them the danger and injustice of it, who are under the greatest temptation to run into it.&nbsp;\u00bb<\/pre>\n<p>S\u2019appuyant sur l\u2019argumentaire monarchomaque, Locke justifie non pas le droit de r\u00e9bellion, mais bien le droit de <em>r\u00e9sistance<\/em> contre la r\u00e9bellion&nbsp;: les hommes ayant en commun avec tous les autres \u00eatres qui peuvent par nature se prot\u00e9ger des pr\u00e9judices le privil\u00e8ge de pouvoir opposer la force \u00e0 la force, ils jouissent du droit \u00e0 l\u2019auto-d\u00e9fense contre la cruaut\u00e9 et la rage du tyran, qui pille les cit\u00e9s et soumet femmes et enfants \u00e0 la furie et luxure de ses d\u00e9sirs, sans avoir pour autant le droit de se venger des violences pass\u00e9es&nbsp;\u00bb [\u00a7&nbsp;233]. Le droit \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 l\u2019agression violente en opposant la force \u00e0 la force vaut tout autant dans ce cas de la violation des droits des gens par un pouvoir devenu tyrannique que dans les autres cas de l\u2019agression individuelle ou de la conqu\u00eate \u00e9trang\u00e8re&nbsp;:<\/p>\n<pre style=\"padding-left: 40px;\">\u00ab&nbsp;231. Qu\u2019on doive r\u00e9sister \u00e0 des sujets, ou \u00e0 des \u00e9trangers qui entreprennent de se saisir, par la force, de ce qui appartient en propre \u00e0 un peuple, c\u2019est de quoi tout le monde demeure d\u2019accord; mais, qu\u2019il soit permis de faire la m\u00eame chose \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Magistrats et des Princes qui font de semblables entreprises, c\u2019est ce qu\u2019on a ni\u00e9 dans ces derniers temps : comme si ceux \u00e0 qui les lois ont donn\u00e9 de plus grands privil\u00e8ges qu\u2019aux autres, avaient re\u00e7u par l\u00e0 le pouvoir d\u2019enfreindre ces lois, desquelles ils avaient re\u00e7u un rang et des biens plus consid\u00e9rables que ceux de leurs fr\u00e8res; au lieu que leur mauvaise conduite est plus bl\u00e2mable, et leurs fautes deviennent plus grandes, soit parce qu\u2019ils sont ingrats des avantages que les lois leur ont accord\u00e9s, soit parce qu\u2019ils abusent de la confiance que leurs fr\u00e8res avaient prise en eux.&nbsp;\u00bb<br><br>\u00ab&nbsp;Sect. 231. That subjects or foreigners, attempting by force on the properties of any people, may be resisted with force, is agreed on all hands. But that magistrates, doing the same thing, may be resisted, hath of late been denied: as if those who had the greatest privileges and advantages by the law, had thereby a power to break those laws, by which alone they were set in a better place than their brethren: whereas their offence is thereby the greater, both as being ungrateful for the greater share they have by the law, and breaking also that trust, which is put into their hands by their brethren.&nbsp;\u00bb<\/pre>\n<p>Dans l\u2019\u00e9tat de guerre, l\u2019une impliquant l\u2019autre, Locke ne discerne pas force et violence comme il peut scrupuleusement le faire dans l\u2019\u00e9tat civil. Il faut donc compliquer la d\u00e9marcation de la <em>force<\/em> publique par rapport \u00e0 la <em>violence<\/em> criminelle ou guerri\u00e8re \u2013&nbsp;c\u2019est la th\u00e8se principale de l\u2019opposition de la force publique \u00e0 la violence priv\u00e9e ou criminelle&nbsp;\u2013, en invoquant \u2013&nbsp;c\u2019est la th\u00e8se corollaire&nbsp;\u2013 la dissolution tendancielle de cette distinction de principe dans l\u2019\u00e9tat de guerre. C\u2019est toute la difficult\u00e9 et la finesse de la position de Locke sur cette question.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plan du cours sur le second Trait\u00e9 du gouvernement de Locke Le cours sur Locke se d\u00e9ploie en deux temps: 1) le cours enregistr\u00e9 lors du confinement du printemps 20202) &hellip; <a href=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/\" class=\"more-link\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\"> &#8220;Locke (cc 2020)&#8221;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[33,29,32],"class_list":["post-839","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cours-sur-la-politique","tag-etat","tag-politique","tag-societe"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Locke (cc 2020) - per turbas<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"philosophie politique soci\u00e9t\u00e9 inconscient d\u00e9sir psychanalyse Aristote Hobbes Locke Montesquieu Rousseau Kant Hegel Kierkegaard Lacan Aulagnier\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/\" \/>\n<link rel=\"next\" href=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/2\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"en_US\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Locke (cc 2020) - per turbas\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"philosophie politique soci\u00e9t\u00e9 inconscient d\u00e9sir psychanalyse Aristote Hobbes Locke Montesquieu Rousseau Kant Hegel Kierkegaard Lacan Aulagnier\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"per turbas\" \/>\n<meta property=\"article:published_time\" content=\"2020-08-21T10:21:36+00:00\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2023-11-21T12:37:41+00:00\" \/>\n<meta name=\"author\" content=\"CF-\u00e9dition\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Written by\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"CF-\u00e9dition\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:label2\" content=\"Est. reading time\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data2\" content=\"15 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"Article\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/2020\\\/08\\\/21\\\/locke-cc-2020\\\/#article\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/2020\\\/08\\\/21\\\/locke-cc-2020\\\/\"},\"author\":{\"name\":\"CF-\u00e9dition\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/f9d39376436e76bb0cb2e044e2d2b73d\"},\"headline\":\"Locke (cc 2020)\",\"datePublished\":\"2020-08-21T10:21:36+00:00\",\"dateModified\":\"2023-11-21T12:37:41+00:00\",\"mainEntityOfPage\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/2020\\\/08\\\/21\\\/locke-cc-2020\\\/\"},\"wordCount\":3741,\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/f9d39376436e76bb0cb2e044e2d2b73d\"},\"keywords\":[\"\u00c9tat\",\"politique\",\"soci\u00e9t\u00e9\"],\"articleSection\":[\"politique\"],\"inLanguage\":\"en-US\"},{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/2020\\\/08\\\/21\\\/locke-cc-2020\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/2020\\\/08\\\/21\\\/locke-cc-2020\\\/\",\"name\":\"Locke (cc 2020) - per turbas\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/#website\"},\"datePublished\":\"2020-08-21T10:21:36+00:00\",\"dateModified\":\"2023-11-21T12:37:41+00:00\",\"description\":\"philosophie politique soci\u00e9t\u00e9 inconscient d\u00e9sir psychanalyse Aristote Hobbes Locke Montesquieu Rousseau Kant Hegel Kierkegaard Lacan Aulagnier\",\"inLanguage\":\"en-US\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/2020\\\/08\\\/21\\\/locke-cc-2020\\\/\"]}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/\",\"name\":\"per turbas\",\"description\":\"le site philosophique de Christian Ferri\u00e9\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/f9d39376436e76bb0cb2e044e2d2b73d\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"en-US\"},{\"@type\":[\"Person\",\"Organization\"],\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/f9d39376436e76bb0cb2e044e2d2b73d\",\"name\":\"CF-\u00e9dition\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"en-US\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g\",\"url\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"CF-\u00e9dition\"},\"logo\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g\"},\"url\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/author\\\/cf-editions\\\/\"}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Locke (cc 2020) - per turbas","description":"philosophie politique soci\u00e9t\u00e9 inconscient d\u00e9sir psychanalyse Aristote Hobbes Locke Montesquieu Rousseau Kant Hegel Kierkegaard Lacan Aulagnier","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/","next":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/2\/","og_locale":"en_US","og_type":"article","og_title":"Locke (cc 2020) - per turbas","og_description":"philosophie politique soci\u00e9t\u00e9 inconscient d\u00e9sir psychanalyse Aristote Hobbes Locke Montesquieu Rousseau Kant Hegel Kierkegaard Lacan Aulagnier","og_url":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/","og_site_name":"per turbas","article_published_time":"2020-08-21T10:21:36+00:00","article_modified_time":"2023-11-21T12:37:41+00:00","author":"CF-\u00e9dition","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Written by":"CF-\u00e9dition","Est. reading time":"15 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"Article","@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/#article","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/"},"author":{"name":"CF-\u00e9dition","@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/#\/schema\/person\/f9d39376436e76bb0cb2e044e2d2b73d"},"headline":"Locke (cc 2020)","datePublished":"2020-08-21T10:21:36+00:00","dateModified":"2023-11-21T12:37:41+00:00","mainEntityOfPage":{"@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/"},"wordCount":3741,"publisher":{"@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/#\/schema\/person\/f9d39376436e76bb0cb2e044e2d2b73d"},"keywords":["\u00c9tat","politique","soci\u00e9t\u00e9"],"articleSection":["politique"],"inLanguage":"en-US"},{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/","url":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/","name":"Locke (cc 2020) - per turbas","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/#website"},"datePublished":"2020-08-21T10:21:36+00:00","dateModified":"2023-11-21T12:37:41+00:00","description":"philosophie politique soci\u00e9t\u00e9 inconscient d\u00e9sir psychanalyse Aristote Hobbes Locke Montesquieu Rousseau Kant Hegel Kierkegaard Lacan Aulagnier","inLanguage":"en-US","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/locke-cc-2020\/"]}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/#website","url":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/","name":"per turbas","description":"le site philosophique de Christian Ferri\u00e9","publisher":{"@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/#\/schema\/person\/f9d39376436e76bb0cb2e044e2d2b73d"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"en-US"},{"@type":["Person","Organization"],"@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/#\/schema\/person\/f9d39376436e76bb0cb2e044e2d2b73d","name":"CF-\u00e9dition","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"en-US","@id":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g","caption":"CF-\u00e9dition"},"logo":{"@id":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g"},"url":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/author\/cf-editions\/"}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/839","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=839"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/839\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4456,"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/839\/revisions\/4456"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=839"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=839"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=839"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}