{"id":836,"date":"2020-08-21T12:13:32","date_gmt":"2020-08-21T10:13:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.per-turbas.fr\/?p=836"},"modified":"2024-04-08T17:01:18","modified_gmt":"2024-04-08T15:01:18","slug":"hobbes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/hobbes\/","title":{"rendered":"Hobbes"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-bright-blue-color\">Plan du cours sur le <em>L\u00e9viathan <\/em>de Hobbes<\/mark><\/h5>\n\n\n\n<p>Le cours sur Hobbes se d\u00e9ploie en deux temps: <br>1) le cours enregistr\u00e9 lors du confinement du printemps 2020<br>2) le cours sur <a href=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/hobbes\/2\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">la violence dans le <em>Leviathan <\/em>de Hobbes<\/a> (printemps et automne 2023)<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div style=\"height:100px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote has-text-align-center is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><strong><em>Hobbes, <\/em>Leviathan<\/strong> <em>(1651)<strong> <\/strong>: <\/em><br><em>la domination de la soci\u00e9t\u00e9 par l\u2019\u00c9tat<\/em><\/p>\n<cite>cours confin\u00e9 (printemps 2020)<\/cite><\/blockquote>\n\n\n\n<p>0. les sens contradictoires de la politique moderne (introduction) :<br>la politique entre domination des <em>sujets <\/em>et participation des <em>citoyens<\/em><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Hobbes-0-intro-politique-moderne.wav\"><\/audio><figcaption class=\"wp-element-caption\">l&#8217;absolutisme de Hobbes dans son contexte historique <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-bright-red-color\">Commentaire du <em><a href=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Hobbes-Leviathan.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Leviathan <\/a><\/em>de Hobbes<\/mark><\/h5>\n\n\n\n<p>1. l&#8217;\u00c9tat comme corps artificiel<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Hobbes-1.wav\"><\/audio><figcaption class=\"wp-element-caption\"><a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=h5nyONkSEEg\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">frontispice<\/a> &amp; pr\u00e9face du Leviathan : figure de l&#8217;Etat comme corps vivant d&#8217;un dieu mortel<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>2. la cr\u00e9ation du corps artificiel<br>les deux voies : contrat de suj\u00e9tion (chap. 18) <em>vs <\/em>conqu\u00eate (chap. 20)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Hobbes-2.wav\"><\/audio><figcaption class=\"wp-element-caption\">de la m\u00e9canique naturelle des passions humaines <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Hobbes-3.wav\"><\/audio><figcaption class=\"wp-element-caption\">droit naturel et lois de la nature : du contrat au tiers exclu<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>3. le fonctionnement absolutiste de l&#8217;\u00c9tat : <br>de l&#8217;emp\u00eachement des mouvements subversifs par le moyen pr\u00e9ventif de la censure des doctrines s\u00e9ditieuses \u00e0 la justification de la mise \u00e0 mort in\u00e9quitable de sujets innocents (chap. 21 sur la libert\u00e9 des sujets)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Hobbes-4.wav\"><\/audio><figcaption class=\"wp-element-caption\">du pouvoir absolu : r\u00e9pression et censure <\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/09\/Hobbes-5.wav\"><\/audio><figcaption class=\"wp-element-caption\">justification de l&#8217;in\u00e9quit\u00e9 du pouvoir absolu (la mise \u00e0 mort d&#8217;Urie) &amp; conclusion g\u00e9n\u00e9rale sur le ressort passionnel de la peur<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Rembrandt, <em><a href=\"https:\/\/collections.louvre.fr\/ark:\/53355\/cl010060453\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Bethsab\u00e9e au bain tenant la lettre de David<\/a><\/em> (1654)<\/p>\n\n\n\n<!--nextpage-->\n\n\n<h3 style=\"text-align: center;\" align=\"center\"><span style=\"color: #ff0000;\">Violence (et force) chez Hobbes<\/span><br \/><span style=\"color: #0000ff;\">de la violence naturelle \u00e0 la violence institutionnelle<\/span><\/h3>\n<p>Ce n\u2019est pas tant la violence en soi qui fait probl\u00e8me pour Hobbes que l\u2019absence de paix civile comme condition favorable \u00e0 un d\u00e9cha\u00eenement d\u00e9raisonnable des violences humaines dont les individus et les groupes d\u2019individus sont tout naturellement capables. Dans la version latine, Hobbes emploie surtout le terme <em>vis<\/em> et plus rarement le mot <em>violentia<\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, beaucoup moins en fait que dans la version anglaise o\u00f9 les termes anglais de <em>violence<\/em> et <em>force<\/em> semblent employ\u00e9s indiff\u00e9remment\u00a0: le terme anglais <em>force<\/em> est en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale discern\u00e9 d\u2019un autre terme, <em>strength<\/em> (en latin <em>robur<\/em>), que le fran\u00e7ais tend \u00e0 traduire par force, alors qu\u2019il signifie plus pr\u00e9cis\u00e9ment la robustesse physique d\u2019un corps naturel.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">Il y a en anglais, comme en allemand, une distinction s\u00e9mantique entre <em>strength <\/em>et <em>force<\/em> qui \u00e9claire judicieusement le double sens du terme <em>force<\/em> en fran\u00e7ais, en permettant d\u2019\u00e9viter la confusion fatale entre les deux sens\u00a0: <em>St\u00e4rke<\/em> n\u2019est pas <em>Kraft-Krieg<\/em> (<em>Wucht-Gewalt<\/em>). D\u2019une part, <em>strength<\/em> d\u00e9signe la force ou puissance naturelle\u00a0: la robustesse ou force de r\u00e9sistance (<em>robur <\/em>en latin) comme vigueur (ou fermet\u00e9 d\u2019\u00e2me) qu\u2019il s\u2019agit de conforter ou renforcer (<em>to strengthen<\/em>)\u00a0; de m\u00eame en allemand, <em>streng<\/em>,<em> stark<\/em>,<em> tapfer <\/em>&amp;<em> tatkr\u00e4ftig<\/em> sont apparent\u00e9s s\u00e9mantiquement dans le sens de ce type d\u2019\u00e9nergie. En revanche, l\u2019anglais <em>force<\/em>, comme le latin <em>vis<\/em>, signifie la<em> force <strong>ou<\/strong> violence<\/em> comme pouvoir de forcer la main \u00e0 quelqu\u2019un au sens de le contraindre <em>corporellement <\/em>\u00e0 faire quelque chose en le lui imposant <em>physiquement<\/em>, sans aucune autorit\u00e9 pour l\u2019y obliger. Reste que Hobbes tend lui-m\u00eame \u00e0 confondre les deux termes dans le <em>L\u00e9viathan<\/em><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u2026<\/p>\n<p>Il y a, pour Hobbes nominaliste, un probl\u00e8me de vocabulaire en g\u00e9n\u00e9ral qui n\u00e9cessite de d\u00e9finir rationnellement les mots \u00e0 cause de leur signification <em>inconstante\u00a0<\/em>: l\u2019outrage verbal, par exemple, n\u2019est pas \u00e0 proprement parler une <em>blessure<\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a><em>\u00a0<\/em>; autrement dit, l\u2019insulte ne constitue pas une violence verbale, m\u00eame si elle provoque \u2013\u00a0au sens m\u00e9taphorique du terme\u00a0\u2013 une <em>blessure <\/em>(d\u2019amour-propre). L\u2019inconstance du sens des mots est fonction de la diversit\u00e9 des constitutions corporelles et des pr\u00e9jug\u00e9s constitutifs des opinions\u00a0: notre sensibilit\u00e9 diff\u00e9rente au sens des mots conf\u00e8re \u00e0 toute chose la \u00ab\u00a0teinture de nos passions diff\u00e9rentes\u00a0\u00bb et divergentes\u00a0; par exemple, ce qui est cruaut\u00e9 pour l\u2019un est justice pour l\u2019autre<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Hobbes estime ainsi que les sorci\u00e8res, m\u00eame si elles n\u2019ont aucun pouvoir, sont <em>justement<\/em> punies<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Les jeux de mots, par exemple \u00e0 propos des sens du terme <em>conscience<\/em>, ne sont pas sans cons\u00e9quence\u00a0: s\u2019il est mal de forcer quelqu\u2019un \u00e0 parler contre sa conscience, lors d\u2019un t\u00e9moignage ou d\u2019une d\u00e9position en son \u00e2me et <em>conscience<\/em>, en revanche l\u2019amour inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 de ses propres opinions g\u00e9niales, pr\u00e9tendument novatrices et effectivement absurdes, n\u2019est pas une affaire de conscience<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, de sorte qu\u2019il n\u2019y a \u2013\u00a0de la part du Souverain\u00a0\u2013 aucune violence \u00e0 violer la libert\u00e9 de <em>conscience<\/em> qui n\u2019est qu\u2019un vain mot\u2026 Il faut par suite contr\u00f4ler le sens des mots dans la mesure o\u00f9 l\u2019aboutissement de leurs usages m\u00e9taphoriques ou ambigus, ce sont les disputes, les s\u00e9ditions et les discordes qui, tout autant que le m\u00e9pris<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, m\u00e8nent \u00e0 la guerre\u00a0: la guerre est l\u2019ultime cons\u00e9quence de ces disputes et controverses qui proviennent des divergences d\u2019opinion \u00e0 tout propos<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>C\u2019est le fondement de la d\u00e9fense politique de l\u2019absolutisme (royal) que Hobbes intente sur l\u2019arri\u00e8re-plan de \u00ab\u00a0notre guerre civile actuelle<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>\u00a0\u00bb qui m\u00e8ne un \u00c9tat prosp\u00e8re \u00e0 la ruine<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>\u00a0: selon lui, la domination (<em>Dominion<\/em>) de facture despotique est la condition de la paix civile comme seul et unique moyen politique de contenir la violence naturelle des hommes. Pour autant, selon Hobbes, il ne s\u2019agit pas plus d\u2019approuver le comportement barbare et la morgue inhumaine des puissants au pouvoir envers leurs inf\u00e9rieurs que d\u2019encourager la conduite insolente des gens de basse extraction envers les nobles<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019approche rationaliste de Hobbes en mati\u00e8re de politique et de religion implique d\u2019\u00e9laborer une anthropologie des passions humaines qui permettent de combattre tout esp\u00e8ce de folie politico-religieuse. Il convient donc de retracer tout d\u2019abord la gen\u00e8se des violences, perp\u00e9tr\u00e9es par les individus et les groupes, dans la violence des passions humaines, afin de pouvoir ensuite comprendre la n\u00e9cessit\u00e9 de contenir cette violence naturelle en instituant un syst\u00e8me de domination potentiellement violente, c\u2019est-\u00e0-dire un r\u00e9gime despotique qui, potentiellement tyrannique, implique d\u2019exercer une violence institutionnelle sur les sujets.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Thomas Hobbes, <em>Leviathan <\/em>(London, 1651), r\u00e9\u00e9dit\u00e9 par C.B.\u00a0Macpherson, 1968\/1985, Penguin Books, chap.\u00a015, p.\u00a0203\u00a0; trad. fr. par Fr. Tricaud, Sirey, 1971, p.\u00a0145, \u00e0 partir de l\u2019\u00e9dition anglaise et des variantes de l\u2019\u00e9dition latine (1668), p.\u00a073.<br \/><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Pour exprimer l\u2019alternative entre force et ruse, ou entre violence et fraude, Hobbes use du terme <em>force<\/em> au chap.\u00a013 du <em>Leviathan<\/em>, mais lui pr\u00e9f\u00e8re <em>strength <\/em>au chap.\u00a015\u00a0: \u00ab\u00a0<em>that is, by force, or wiles, to master the persons of all men<\/em>\u00a0\u00bb [chap.\u00a013, p.\u00a0184\u00a0; lat. p.\u00a064 (<em>vi &amp; dolo<\/em>)\u00a0; trad. fr. p.\u00a0123 (p\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 ar la violence ou par la ruse)] vs \u00ab\u00a0<em>by his own <\/em><em>strength<\/em><em>, or wit<\/em>\u00a0\u00bb [chap.\u00a015, p.\u00a0204\u00a0; non rendu en latin p.\u00a073\u00a0; trad. fr. p.\u00a0146 (par sa propre force, ou son esprit)].<br \/><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Chap.\u00a04, p.\u00a0102 <em>vs<\/em> lat. p.\u00a015\u00a0; trad. fr. p.\u00a029 (<em>signification flottante<\/em>). Hobbes rep\u00e8re quatre abus de langage cons\u00e9cutifs \u00e0 l\u2019inconstance du sens des mots. Le quatri\u00e8me abus la parole consiste \u00e0 vouloir <em>blesser<\/em> par la langue (<em>laedere<\/em>), alors que nous avons des mains pour cela (comme d\u2019autres animaux ont des cornes ou des crocs)\u00a0: en revanche, la langue peut servir \u00e0 corriger ou amender quelqu\u2019un que nous devons gouverner.<br \/><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Chap.\u00a04, p.\u00a0109\u00a0; trad. fr. p.\u00a035.<br \/><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Chap.\u00a02, p.\u00a092\u00a0; trad. fr. p.\u00a06.<br \/><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Chap.\u00a07, p.\u00a0132 (<em>to corrupt or force<\/em>\u2026 <em>vehemently in love with their own opinions<\/em>) <em>vs<\/em> lat. p.\u00a033 (<em>testimonium contra conscientiam<\/em>\u2026 <em>propter amorem ingenii proprii<\/em>)\u00a0; trad. fr. p.\u00a061 (par corruption ou par <em>violence<\/em>).<br \/><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Chap.\u00a05, p.\u00a0116-117\u00a0; trad. fr. p. 44.<br \/><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Chap.\u00a015, p.\u00a0216\u00a0; trad. fr. p. 159.<br \/><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Chap.\u00a03, p.\u00a095 ; trad. fr. p. 22.<br \/><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Chap.\u00a03, p.\u00a098 ; trad. fr. p. 25.<br \/><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Introduction, p.\u00a082 ; trad. fr. p. 6.<\/p>\n<h5 style=\"text-align: center;\">1.<br \/><span style=\"color: #ff00ff;\">Violence des passions \u00e0 l\u2019origine des violences en acte<\/span><\/h5>\n<p>Tout est, dans une vie humaine, affaire de d\u00e9sirs et de passions. Or c\u2019est la folle violence des passions v\u00e9h\u00e9mentes qui est \u00e0 l\u2019origine des actes de violence commis par les uns contre les autres. Il convient donc d\u2019analyser tout d\u2019abord le m\u00e9canisme \u00e0 l\u2019origine des passions violentes.<\/p>\n<p>Si l\u2019esprit est culturellement acquis gr\u00e2ce \u00e0 la raison, qui permet de s\u2019instruire et met d\u2019accord tout le monde gr\u00e2ce \u00e0 un usage des mots correct et conforme aux sciences rationnelles, en revanche les passions s\u2019av\u00e8rent \u00eatre la cause des d\u00e9saccords entre les esprits, dans la mesure o\u00f9 elles sont tributaires non seulement de la diff\u00e9rence de temp\u00e9rament naturel des corps, mais encore des diff\u00e9rences de coutumes et d\u2019habitudes acquises au cours de l\u2019\u00e9ducation. Or les passions les plus conflictuelles proviennent du d\u00e9sir fondamental de puissance (<em>potentia<\/em>) ou de pouvoir (<em>power<\/em>) qui est \u00e0 l\u2019origine des d\u00e9sirs d\u00e9riv\u00e9s de richesses, de savoir et d\u2019honneur.<\/p>\n<p>Hobbes r\u00e9inscrit ici la tripartition \u00e9vang\u00e9lique des d\u00e9sirs<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> dans le cadre novateur d\u2019une anthropologie du d\u00e9sir (de pouvoir) qui bouleverse profond\u00e9ment la conceptualit\u00e9 chr\u00e9tienne en vigueur et ses pr\u00e9suppos\u00e9s moralistes\u00a0: perp\u00e9tuel et incessant, le d\u00e9sir de pouvoir (<em>a perpetual and restless desire of Power after Power<\/em>) est \u00e0 ses yeux une inclination g\u00e9n\u00e9rale qui ne cesse qu\u2019avec la mort<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>\u00a0; le d\u00e9sir qui donne envie \u00e9tant ce qui tient en vie, par cons\u00e9quent il ne peut y avoir de vie humaine sans d\u00e9sir. Mais, comme l\u2019objet du d\u00e9sir est le pouvoir, et m\u00eame l\u2019accumulation de puissance, il y a un danger politique et moral \u00e0 ce que les conflits \u00e0 propos de leurs d\u00e9sirs (de richesses, de savoir et d\u2019honneur) poussent les uns, plus agressifs, \u00e0 tuer ou soumettre leurs ennemis (<em>hostis<\/em>), par la force et la ruse (<em>vi et dolo<\/em>), pour se d\u00e9fendre ou se faire plaisir, et ce que la violence pour se rendre ma\u00eetre de leur personne et de leurs biens soit motiv\u00e9e par la rivalit\u00e9, la d\u00e9fiance ou la fiert\u00e9<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. La fiert\u00e9 (<em>gloria<\/em>) qui am\u00e8ne les hommes \u00e0 se battre (<em>pugno<\/em>) pour des bagatelles \u2013\u00a0un mot, un sourire, une opinion diff\u00e9rente, etc.\u00a0\u2013 atteste l\u2019enracinement des actes de violence dans cette passion humaine particuli\u00e8rement virulente, l\u2019orgueil (<em>Superbia<\/em>), que le chap.\u00a08 avait d\u00e9finie comme la tr\u00e8s haute opinion qu\u2019une personne imbue d\u2019elle-m\u00eame a non seulement de soi-m\u00eame (<em>self-conceipt<\/em>), mais encore de ses propres opinions.<\/p>\n<p>Dans ce chap.\u00a08 consacr\u00e9 aux vertus (intellectuelles) et aux d\u00e9fauts correspondants, Hobbes montre que les d\u00e9sirs de pouvoir, d\u2019avoir, de savoir et de valoir sont susceptibles de se transmuer en \u00ab\u00a0passions v\u00e9h\u00e9mentes\u00a0\u00bb qui rendent le passionn\u00e9 fou furieux au point d\u2019en devenir violent. Mais, si toutes les passions sont enracin\u00e9es dans le d\u00e9sir de puissance, tout comme les autres d\u00e9sirs, seules les violentes passions poussent aux actes de violence en raison m\u00eame de leur <em>folie<\/em>. Hobbes peut bien constater que la v\u00e9h\u00e9mence et la persistance d\u2019une passion, jug\u00e9e folle ou extravagante par les autres, ne peut que causer du tort au passionn\u00e9 (m\u00eame au niveau de son corps propre), son argument n\u2019en est pas pour autant moral ou moraliste, bien au contraire. Le raisonnement anthropologique de Hobbes, dont l\u2019optique est avant tout politique, vise bien plut\u00f4t \u00e0 circonscrire la folie (<em>insania <\/em>vs <em>madness<\/em>), tout d\u2019abord en lui assignant de possibles causes et effets physiologiques, afin de la mieux d\u00e9finir, au niveau psychologique, pour pouvoir en analyser les causes et les effets\u00a0:<\/p>\n<pre>\u00ab\u00a0Les passions qui, entre toutes, causent le plus de diff\u00e9rences d\u2019esprit sont essentiellement les d\u00e9sirs plus ou moins importants de pouvoir [<em>Cupiditas Potentiae<\/em>], de richesses, de savoir et d\u2019honneur. Tout peut \u00eatre ramen\u00e9 au premier, le d\u00e9sir de pouvoir [<em>Desire of Power<\/em>]. Car les richesses, le savoir et l\u2019honneur ne sont que plusieurs sortes de pouvoir.<br \/>Par cons\u00e9quent, un homme qui n\u2019\u00e9prouve de forte passion pour aucune de ces choses\u00a0; et qui est, comme on le dit, indiff\u00e9rent\u00a0; encore qu\u2019il puisse \u00eatre quelqu\u2019un de bien, sans envie de faire du tort [<em>free from giving offence<\/em>]\u00a0; il ne peut pas avoir beaucoup d\u2019imagination ou de jugement. [\u2026] Car, de m\u00eame que n\u2019avoir pas de d\u00e9sir, c\u2019est \u00eatre mort\u00a0: de m\u00eame, n\u2019avoir que des passions faibles, c\u2019est de la lourdeur d\u2019esprit\u00a0; et avoir des passions indiff\u00e9remment pour toute chose, c\u2019est de la FRIVOLIT\u00c9 et de l\u2019\u00e9garement\u00a0; et avoir pour quelque chose des passions plus fortes et plus v\u00e9h\u00e9mentes qu\u2019on n\u2019en voit ordinairement chez les autres, c\u2019est ce que les hommes appellent FOLIE.<br \/>Il y en a presque autant de sortes qu\u2019il n\u2019y en a de passions elles-m\u00eames. Parfois, la passion exceptionnelle et extravagante proc\u00e8de de la mauvaise constitution des organes du corps, ou d\u2019une l\u00e9sion qui les a affect\u00e9s\u00a0; et parfois la l\u00e9sion ou l\u2019indisposition des organes est caus\u00e9e par la v\u00e9h\u00e9mence, ou par la persistance durable de la passion. Mais dans les deux cas, la folie est d\u2019une seule et m\u00eame nature.<br \/>La passion, dont la violence ou la persistance provoque la folie, est soit une <em>vaine gloire<\/em> immense, qui est commun\u00e9ment nomm\u00e9e <em>orgueil<\/em> et <em>vanit\u00e9<\/em> [<em>Pride<\/em>, and <em>self-conceipt<\/em>], soit un profond <em>abattement<\/em> de l\u2019esprit [<em>animi demissio<\/em>].<br \/>L\u2019orgueil rend l\u2019homme sujet \u00e0 la col\u00e8re, dont l\u2019exc\u00e8s est la folie appel\u00e9e RAGE et FUREUR. Et c\u2019est ainsi qu\u2019il arrive qu\u2019un d\u00e9sir excessif de revanche, quand il devient habituel, l\u00e8se les organes, et devient rage\u00a0; qu\u2019un amour excessif, avec de la jalousie, devient \u00e9galement rage\u00a0; que l\u2019excessive opinion qu\u2019un homme a de lui-m\u00eame, \u00e0 cause de la sagesse, l\u2019instruction, le physique, ou quelque chose de similaire, voire \u00e0 cause de l\u2019inspiration divine (qu\u2019il croit avoir \u00e0 tort), devient \u00e9garement et frivolit\u00e9\u00a0; la m\u00eame chose, jointe \u00e0 l\u2019envie, devient de la rage\u00a0; et l\u2019opinion v\u00e9h\u00e9mente de la v\u00e9rit\u00e9 de quelque chose, contredite par autrui, devient de la rage.<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb<\/pre>\n<p>La <em>violence<\/em> d\u2019une passion n\u2019est rien d\u2019autre que sa <em>v\u00e9h\u00e9mence<\/em>, m\u00eame si sa persistance dans le temps est \u00e9galement susceptible de rendre fou. C\u2019est l\u2019exc\u00e8s dans l\u2019intensit\u00e9 ou la dur\u00e9e de la passion qui provoque la folie, que la passion consiste dans un amour-propre immod\u00e9r\u00e9 ou dans l\u2019extr\u00eame inverse de la profonde d\u00e9pression (du d\u00e9sir) provoqu\u00e9e par le d\u00e9ficit d\u2019amour pour soi-m\u00eame\u00a0: en termes freudiens, les deux pathologies narcissiques de la <em>mania<\/em> et <em>melancholia<\/em> se font face\u00a0; si le d\u00e9ficit libidinal de la m\u00e9lancolie peut pousser le sujet au suicide, toutes les autres violences proviennent bien plut\u00f4t de l\u2019exc\u00e8s d\u2019investissement de la libido que Kant con\u00e7oit comme besoin obsessionnel de l\u2019ordre d\u2019une addiction (<em>Sucht<\/em>), qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019avoir ou de valoir, de dominer, de jalouser ou de se venger [<em>Hab-, Ehr-, Herrschsucht <\/em>vs<em> Eifersucht, Rachsucht<\/em>].<\/p>\n<p>Se focalisant sur ce type de folie (<em>mania<\/em>), Hobbes d\u00e9finit ensuite ces violentes passions qui sont seules susceptibles d\u2019enrager un fou furieux. L\u2019amour-propre, aussi vaniteux ou pr\u00e9tentieux qu\u2019orgueilleux, est la passion cardinale dont la violence rend fou au point de devenir enrag\u00e9 ou furieux. La folie \u00e9tant exc\u00e8s (<em>hubris<\/em>), la rage provient du caract\u00e8re <em>excessif<\/em> de la passion violente, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un d\u00e9sir de revanche, de l\u2019amour ressenti pour quelqu\u2019un d\u2019autre, avec de la jalousie, ou de l\u2019amour admiratif de l\u2019image de soi-m\u00eame qui provient de la haute opinion que le sujet peut avoir de son esprit (au sens spirituel ou intellectuel) ou de sa beaut\u00e9 corporelle, surtout s\u2019il est envieux d\u2019autrui ou encore si quelqu\u2019un s\u2019avise de contester son propre g\u00e9nie en contredisant les opinions pr\u00e9tendument novatrices qu\u2019il croit avoir trouv\u00e9es lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019exc\u00e8s de cette violente passion (de facture narcissique) qui est \u00e0 l\u2019origine des violences en acte\u00a0: quelqu\u2019un peut s\u2019emporter m\u00eame contre ses propres amis au point de pousser des cris et m\u00eame commettre des violences en leur donnant des coups ou en lan\u00e7ant des pierres. Hobbes montre qu\u2019il en va de m\u00eame chez l\u2019individu pris de rage, qui se conduit de mani\u00e8re d\u00e9mentielle, et dans une foule s\u00e9ditieuse, compos\u00e9e d\u2019individus enrag\u00e9s, qui se lancent dans une s\u00e9dition tumultueuse en se croyant touch\u00e9s par la gr\u00e2ce divine\u00a0:<\/p>\n<pre>\u00ab\u00a0si les exc\u00e8s sont des folies, il n\u2019y a aucun doute que les passions elles-m\u00eames, quand elles tendent au mal, en sont des degr\u00e9s.<br \/>(Par exemple,) Quand l\u2019effet de la folie [<em>folly<\/em>], chez ceux qui sont poss\u00e9d\u00e9s par l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00eatre inspir\u00e9s, n\u2019est pas toujours rendu visible, au niveau d\u2019un seul individu, par un acte tr\u00e8s extravagant provoqu\u00e9 par une telle passion\u00a0; en revanche, quand beaucoup d\u2019entre eux conspirent ensemble, la rage de toute la multitude est assez visible. Car quelle preuve plus grande de folie peut-il y avoir que de conspuer nos amis, les frapper et leur jeter des pierres\u00a0? Pourtant, c\u2019est l\u00e0 bien moindre que ce que fera une multitude de gens. Car ils conspueront, combattront, et d\u00e9truiront ceux qui les ont jusqu\u2019alors prot\u00e9g\u00e9s et mis \u00e0 l\u2019abri des torts tout au long de leurs vies. Et si c\u2019est l\u00e0 folie de la part de la multitude, c\u2019est la m\u00eame chose pour tout homme particulier. Car, comme au milieu de la mer, m\u00eame si un homme ne per\u00e7oit pas le son de cette partie de l\u2019eau qui se trouve pr\u00e8s de lui, il n\u2019en est pas moins assur\u00e9 que cette partie contribue autant au grondement de la mer qu\u2019une autre partie \u00e9gale\u00a0; de m\u00eame, m\u00eame si nous ne percevons pas une grande agitation, chez un ou deux hommes, nous pouvons bien pourtant \u00eatre assur\u00e9s que leurs passions singuli\u00e8res font partie du rugissement s\u00e9ditieux d\u2019une nation agit\u00e9e [<em>seditious roaring of a troubled nation<\/em> vs<em> commotae Civitati<\/em>]. Et s\u2019il n\u2019y avait rien d\u2019autre qui trahisse leur folie\u00a0; le fait m\u00eame de s\u2019attribuer \u00e0 eux-m\u00eames une telle inspiration en est une preuve suffisante. [\u2026]<br \/>Cette opinion de l\u2019inspiration propre \u00e0 un esprit priv\u00e9, comme on l\u2019appelle commun\u00e9ment appel\u00e9e, commence tr\u00e8s souvent par l\u2019heureuse d\u00e9couverte d\u2019une erreur g\u00e9n\u00e9ralement commise par d\u2019autres\u00a0; et, ne sachant pas, ou ne se rappelant pas par quelle voie de la raison ils en sont venus \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 si singuli\u00e8re, (du moins, le pensent-ils, alors que, de nombreuses fois, c\u2019est pas une contrev\u00e9rit\u00e9 qu\u2019ils ont mis en lumi\u00e8re,) ils s\u2019admirent eux-m\u00eames \u00e0 pr\u00e9sent comme \u00e9tant touch\u00e9s par la gr\u00e2ce sp\u00e9ciale de Dieu Tout-puissant [<em>special grace of God Almighty<\/em>], qui leur a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 de fa\u00e7on surnaturelle cette v\u00e9rit\u00e9 par son Esprit.<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>\u00a0\u00bb<\/pre>\n<p>Tout comme les violences d\u2019un homme qui s\u2019en prend \u00e0 ses propres amis, les violences de la foule agit\u00e9e qui s\u2019en prend \u00e0 ses protecteurs sont la cons\u00e9quence d\u2019une id\u00e9e folle qui poss\u00e8de les individus follement enrag\u00e9s qui la composent. Car, comme le d\u00e9ment illumin\u00e9 qui se prend pour Dieu, tous ces gens se croient b\u00eatement (<em>folly<\/em>) inspir\u00e9s par la gr\u00e2ce de Dieu, souvent sous l\u2019influence d\u2019une interpr\u00e9tation <em>forc\u00e9e<\/em> des textes sacr\u00e9s (par exemple \u00e0 propos de la transsubstantiation), \u00e0 laquelle ils accordent foi en raison de leur cr\u00e9dulit\u00e9 envers une autorit\u00e9 qui abuse de son pouvoir d\u2019influence. Le rationalisme de Hobbes est tout entier dirig\u00e9 contre l\u2019enthousiasme irrationnel de tous ces illumin\u00e9s imbus d\u2019eux-m\u00eames qui se croient le droit de commettre des violences, au nom de Dieu, au cours de ces <em>\u00e9motions<\/em> populaires. La violence en acte trouve bien son origine dans la violence des passions dont le tr\u00e9fonds est narcissique.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\">*<br \/>Notes<\/h6>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Ces trois objets rep\u00e9r\u00e9s par Hobbes font \u00e9cho, <em>mutatis mutandis<\/em>, \u00e0 la discussion de l\u2019\u00e9p\u00eetre de Jean, le disciple bien-aim\u00e9 de J\u00e9sus, qui enjoignait de ne pas aimer le monde, ni ce qui est dans le monde\u00a0: \u00ab\u00a0car ce qui est dans le monde\u00a0: convoitise [<em>epithumia<\/em>] de la chair, convoitise des yeux et vantardise des ressources [<em>alazoneia tou biou<\/em>], ne vient pas du P\u00e8re, mais vient du monde\u00a0\u00bb (II,15-16). Voir la reprise de cette tripartition dans le livre 14 de la <em>Cit\u00e9 de Dieu<\/em> (413-426)\u00a0: pour Augustin, la<em> libido sentiendi<\/em> comprend non seulement la concupiscence de la chair, mais encore la tendance \u00e0 satisfaire les d\u00e9sirs sensuels (luxure, gourmandise\u00a0; paresse\u00a0; curiosit\u00e9, comme aller au th\u00e9\u00e2tre)\u00a0; la<em> libido sciendi<\/em> est d\u00e9finie par la vanit\u00e9 de l\u2019homme croyant pouvoir appr\u00e9hender la v\u00e9rit\u00e9 par le savoir\u00a0; la<em> libido dominandi <\/em>consiste \u00e0 d\u00e9sirer dominer les autres avec orgueil.<br \/><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Chap.\u00a011, p.\u00a0161 <em>vs<\/em> lat. p.\u00a050\u00a0; trad. fr. p.\u00a096.<br \/><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Chap.\u00a013, p.\u00a0183-185 <em>vs<\/em> lat. p.\u00a063-64\u00a0; trad. fr. p.\u00a0121-123.<br \/><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Chap.\u00a08, p.\u00a0139-140 <em>vs<\/em> lat. p.\u00a037-38\u00a0; trad. fr. p.\u00a069-70. Si les deux versions du texte usent de l\u2019italique, l\u2019anglais met en majuscule les termes d\u00e9finis par Hobbes. Ma traduction r\u00e9tablit les mots en majuscule et introduit parfois la version latine, en s\u2019aidant des notes de Fr. Tricaud et en s\u2019inspirant librement de sa traduction et de celle de Philippe Folliot (<a href=\"http:\/\/www.catallaxia.free.fr\/Hobbes%20-%20leviathan.pdf\">disponible en ligne<\/a>).<br \/><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Chap.\u00a08, p.\u00a0141 <em>vs<\/em> lat. p.\u00a038\u00a0; trad. fr. p.\u00a071-72.<\/p>\n<h6 style=\"padding-left: 40px; text-align: center;\">*<br \/>Traduction et notes <em>de M. Philippe Folliot<\/em><\/h6>\n<pre>\u00ab\u00a0Les passions qui, de toutes, causent le plus de diff\u00e9rences d\u2019esprit sont essentiellement les d\u00e9sirs plus ou moins importants de pouvoir [<em>Cupiditas Potentiae<\/em>], de richesses, de savoir et d\u2019honneur, ces passions pouvant \u00eatre toutes ramen\u00e9es \u00e0 la premi\u00e8re, le d\u00e9sir de pouvoir\u00a0<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> [<em>ad Potentiam<\/em>]. Car les richesses, le savoir et l\u2019honneur ne sont que plusieurs sortes de pouvoir.<br \/>Par cons\u00e9quent, un homme qui n\u2019a de passion pour aucune de ces choses, mais qui est, comme on le dit, indiff\u00e9rent, quand bien m\u00eame il serait bon au point d\u2019\u00eatre incapable de causer du tort \u00e0 quelqu\u2019un\u00a0<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> [\u2026] ne pas avoir de d\u00e9sir, c\u2019est \u00eatre mort. De m\u00eame, n\u2019avoir que des passions faibles, c\u2019est de la lourdeur d\u2019esprit\u00a0<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Et avoir des passions indiff\u00e9remment pour toute chose, c\u2019est de la FRIVOLIT\u00c9\u00a0<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a> et de la distraction\u00a0<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, et avoir des passions plus fortes et plus imp\u00e9tueuses que ce que l\u2019on voit ordinairement chez les autres\u00a0<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, c\u2019est ce que les hommes appellent FOLIE\u00a0<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<br \/>De celle-ci, il y a presque autant de genres que de passions elles-m\u00eames. Quelquefois, la passion anormale et extravagante proc\u00e8de de la constitution malsaine des organes du corps, ou de quelque chose de nocif qui a agi sur lui, et quelquefois, une maladie ou une indisposition des organes est caus\u00e9e par l\u2019imp\u00e9tuosit\u00e9 ou par la persistance d\u2019une passion\u00a0<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Mais dans les deux cas, la folie est d\u2019une seule et m\u00eame nature.<br \/>La passion dont la violence et la persistance causent la folie est, soit une <em>vaine gloire<\/em> consid\u00e9rable, qu\u2019on nomme <em>orgueil<\/em> et <em>vanit\u00e9<\/em>\u00a0<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, soit un grand <em>abattement<\/em> de l\u2019esprit.<br \/>L\u2019orgueil rend l\u2019homme sujet \u00e0 la col\u00e8re, dont l\u2019exc\u00e8s est la folie appel\u00e9e RAGE ou FUREUR\u00a0<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. De cette fa\u00e7on, il arrive qu\u2019un excessif d\u00e9sir de vengeance, quand il devient habituel, l\u00e8se les organes, et devienne rage\u00a0; qu\u2019un amour excessif, par la jalousie, devienne aussi rage\u00a0; et que l\u2019excessive opinion qu\u2019un homme a de lui-m\u00eame en ce qui concerne l\u2019inspiration divine, la sagesse, l\u2019instruction, le physique, ainsi de suite, devienne distraction et frivolit\u00e9. La m\u00eame opinion excessive, jointe \u00e0 l\u2019envie, et l\u2019opinion v\u00e9h\u00e9mente de la v\u00e9rit\u00e9 de quelque chose, quand elle est contredite par autrui, deviennent rage.\u00a0\u00bb<\/pre>\n<pre style=\"padding-left: 80px;\"><em><span style=\"color: #ff0000;\">Notes de la traduction de<\/span> <span style=\"color: #ff0000;\">M. Philippe Folliot<br \/>publi\u00e9e dans \"Les classiques des sciences sociales\"<br \/><\/span><\/em><br \/><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> \u00a0 \"desire of power\". (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \"though he may be so far a good man as to be free from giving offence\". (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \"duldness\" : \u00e9paissseur, loudeur, manque d'\u00e9clat, faiblesse. (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \"giddiness\" :\u00a0 \u00e9tourderie, vertige, frivolit\u00e9. (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Au sens de \"\u00eatre d\u00e9tourn\u00e9 facilement d'un objet vers un autre\". On peut consid\u00e9rer que les mots \"giddiness\" et \"distraction\" sont synonymes. (Ndt)<br \/><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 J'ai ignor\u00e9 \"for anything\". (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \"madness\". (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En fran\u00e7ais, l'adjectif \"long\" (long continuance) peut \u00eatre n\u00e9glig\u00e9. (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Le texte latin utilise le mot \"superbia\", orgueil, fiert\u00e9, insolence, sentiment de sa hauteur, suffisance\". (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \"rage, and fury\". (NdT)<\/pre>\n<pre>\u00ab\u00a0si l\u2019exc\u00e8s est la folie, il n\u2019y a aucun doute que les passions elles-m\u00eames, quand elles tendent au mal, en sont des degr\u00e9s.<br \/>Par exemple, chez ceux qui sont en proie \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019ils sont inspir\u00e9s, l\u2019effet de la folie ne se r\u00e9v\u00e8le pas toujours, quand il s\u2019agit d\u2019un seul individu, par quelque acte tr\u00e8s extravagant r\u00e9sultant d\u2019une telle passion, mais, quand ils sont nombreux \u00e0 agir de concert, la rage de la multitude enti\u00e8re est assez manifeste. Car existe-t-il une preuve plus grande de folie que de conspuer nos amis, les frapper et leur jeter des pierres. Pourtant, c\u2019est l\u00e0 quelque chose de moindre que ce que fera une telle multitude. Car elle conspuera, se battra, et tuera <a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> ceux par qui, toute sa vie durant, elle a \u00e9t\u00e9 prot\u00e9g\u00e9e et mise \u00e0 l\u2019abri des dommages. Et si c\u2019est l\u00e0 folie de la part de la multitude, c\u2019est la m\u00eame chose pour tout homme particulier. Car, comme au milieu de la mer, quoiqu\u2019un homme ne per\u00e7oive pas le son de cette partie de l\u2019eau qui se trouve pr\u00e8s de lui, il n\u2019en est pas moins assur\u00e9 que cette partie contribue autant au rugissement de la mer qu\u2019une autre partie \u00e9gale, de m\u00eame, quoique nous ne percevions pas une agitation importante chez un ou deux hommes, nous pouvons bien pourtant \u00eatre assur\u00e9s que ces passions singuli\u00e8res sont des parties du rugissement s\u00e9ditieux d\u2019une nation agit\u00e9e\u00a0<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> [<em>commotae Civitati<\/em>]. Et s\u2019il n\u2019y avait rien d\u2019autre qui trahisse leur folie, le fait m\u00eame de s\u2019arroger une telle inspiration constitue une preuve suffisante. Si un homme, \u00e0 Bedlam\u00a0<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, vous recevait avec des paroles sens\u00e9es, et que vous d\u00e9siriez, en prenant cong\u00e9, savoir qui il est, pour lui rendre la politesse une autre fois, et qu\u2019il vous dise qu\u2019il est Dieu le P\u00e8re, je pense que vous n\u2019auriez besoin d\u2019attendre aucune action extravagante pour \u00eatre certain qu\u2019il est fou.<br \/>Cette id\u00e9e d\u2019inspiration, commun\u00e9ment appel\u00e9e esprit priv\u00e9\u00a0<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, trouve souvent son commencement dans la trouvaille heureuse d\u2019une erreur g\u00e9n\u00e9ralement soutenue par autrui, et, ne sachant pas, ne se rappelant pas par quelle conduite de la raison ils en sont venus \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 si singuli\u00e8re \u2013\u00a0du moins, le croient-ils, alors que de nombreuses fois, ils sont tomb\u00e9s sur une contrev\u00e9rit\u00e9\u00a0\u2013 ils s\u2019admirent alors eux-m\u00eames comme b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une gr\u00e2ce sp\u00e9ciale de Dieu Tout-puissant, qui leur a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 cette v\u00e9rit\u00e9, par son Esprit, de fa\u00e7on surnaturelle\u00a0<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<br \/>D\u2019ailleurs, que la folie ne soit rien d\u2019autre que la manifestation excessive d\u2019une passion\u00a0<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> peut ressortir des effets du vin, qui sont les m\u00eames que ceux de l\u2019agencement pathologique des organes. Car la diversit\u00e9 des comportements des hommes qui ont trop bu est la m\u00eame que celle des fous. Certains sont furieux, d\u2019autres affectueux, d\u2019autres rient, tout cela de fa\u00e7on extravagante, mais en accord avec les diff\u00e9rentes passions dominantes\u00a0: car le vin n\u2019a pas d\u2019autre effet que de supprimer la dissimulation [chez les hommes], et de leur \u00f4ter la vue de la difformit\u00e9 de leurs passions. Je crois en effet que les hommes les plus sobres\u00a0<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, quand ils se prom\u00e8nent seuls, l\u2019esprit insouciant et libre\u00a0<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, n\u2019appr\u00e9cieraient pas que la vanit\u00e9 et l\u2019extravagance de leurs pens\u00e9es soient publiquement vues, ce qui revient \u00e0 avouer que les passions non guid\u00e9es sont pour l\u2019essentiel de la pure folie\u00a0<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/pre>\n<pre style=\"padding-left: 40px;\"><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> \"For they will clamour, fight against, and destroy\". (NdT) <br \/><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> \"parts of the seditious roaring of a troubled nation\".\u00a0 (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Il s'agit de Bethlehem Hospital, o\u00f9 l'on enfermait les fous. (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> \"private spirit\". R. Anthony : \"esprit particulier\". (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> \"as being in the special grace of God Almighty\". (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> \"is nothing else but too much appearing passion\". (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> \"the most sober men\". On notera le bizarre \"les moins ivres\" de F. Tricaud. (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> \"when they walk alone without care and employment of the mind\". (NdT)<br \/><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> \"mere madness\". (NdT)<\/pre>\n\n\n<!--nextpage-->\n\n\n<h3 style=\"text-align: center;\" align=\"center\">Violence (et force) chez <span style=\"color: #ff0000;\">Hobbes <\/span>(2)<br \/><span style=\"color: #0000ff;\">de la violence naturelle \u00e0 la violence institutionnelle<\/span><\/h3>\n<h5 style=\"text-align: center;\" align=\"center\">2.<br \/><span style=\"color: #ff00ff;\">Violences despotiques du Pouvoir absolu<\/span><\/h5>\n<p>La prise de pouvoir par la violence arm\u00e9e de la conqu\u00eate \u2013\u00a0dans les termes de Hobbes, \u00ab\u00a0<em>Dominion acquired by Conquest, or Victory in war<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>\u00a0\u2013 donne <em>de facto<\/em> au Conqu\u00e9rant le droit et le pouvoir de taxer et de juger les groupes soumis et d\u00e9sarm\u00e9s d\u2019une mani\u00e8re contraignante qui doit en principe rester brutale sans devenir violente. Car la conqu\u00eate d\u2019un territoire une fois op\u00e9r\u00e9e et les gens d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs armes, la pacification prend un tout autre sens\u00a0: il s\u2019agit d\u00e9sormais de <em>prot\u00e9ger<\/em> une population d\u00e9sarm\u00e9e contre les exactions et les violences en tout genre perp\u00e9tr\u00e9es par les gens arm\u00e9s, qu\u2019il s\u2019agisse de troupes r\u00e9guli\u00e8res de soldats ou irr\u00e9guli\u00e8res de mercenaires d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s ou encore de bandits s\u00e9vissant dans un pays, sans que pour autant le petit peuple ne soit prot\u00e9g\u00e9 contre son protecteur et ses gens d\u2019armes. Telle est la situation des gens d\u00e9sarm\u00e9s qui sont, \u00e0 l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale, statutairement tributaires de leur protecteur, seigneurial ou royal. Pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 partir de la pr\u00e9misse de l\u2019individualisme m\u00e9thodologique, c\u2019est le dilemme de l\u2019individu livr\u00e9 \u00e0 ses propres forces que le <em>L\u00e9viathan<\/em> de Hobbes tranche en faveur du <em>Lord<\/em> <em>Protector<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\">soit souffrir les violences de la guerre de tous contre tous sous la figure des d\u00e9sordres des r\u00e9bellions ou des guerres \u201fpriv\u00e9es\u201d entre gens arm\u00e9s\u00a0;<br \/>soit se soumettre aux violences \u00e9ventuelles d\u2019un pouvoir (<em>potestas <\/em>vs <em>Gewalt<\/em>) potentiellement despotique, voire tyrannique, de fa\u00e7on \u00e0 jouir de la paix civile assur\u00e9e par l\u2019ordre public.<\/p>\n<p>Ayant admis que la violence gr\u00e8ve la force comme moyen de parvenir \u00e0 ses fins (<em>pro vi et violentia<\/em>), Hobbes n\u2019articule pas une th\u00e9orie critique de la violence, m\u00eame s\u2019il en discerne les diff\u00e9rentes manifestations \u00e0 travers une th\u00e9orie critique des pathologies mortif\u00e8res pour la <em>res publica<\/em>.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\">2.1<br \/><span style=\"color: #99cc00;\">Violences intrasociales\u00a0: <\/span><br \/><span style=\"color: #99cc00;\">crimes\u00a0; guerres priv\u00e9es\u00a0; r\u00e9bellions ou guerres civiles<\/span><\/h6>\n<p>Sa description des collectivit\u00e9s subordonn\u00e9es au sein du corps politique de l\u2019\u00c9tat permet de discerner diff\u00e9rents types de coalitions ou regroupements ill\u00e9gaux (<em>unlawful Systems<\/em>) qui menacent la paix et la s\u00e9curit\u00e9 des gens (<em>peace and safety of the people<\/em>)\u00a0: d\u2019abord, les corporations ill\u00e9gales organis\u00e9es, comme les associations de malfaiteurs (compagnies pour voler, mendier, etc.)\u00a0; ensuite, les ligues illicites sans organisation, comme les factions client\u00e9listes, par exemple, de familles hostiles entre elles ayant des forces arm\u00e9es priv\u00e9es pour s\u2019agresser mutuellement (<em>families in continual hostility invaded one another with private force <\/em>\u2013 c\u2019est le cas des guerres priv\u00e9es) ou encore les conspirations pour prendre le pouvoir en mati\u00e8re religieuse (papistes <em>vs<\/em> protestants) ou en mati\u00e8re civile (patriciens <em>vs<\/em> pl\u00e9b\u00e9iens \u00e0 Rome)\u00a0; enfin, les attroupements tumultueux pour s\u2019imposer par la force du nombre, comme les s\u00e9ditions [chap.\u00a023]. Comparant ces coalitions ill\u00e9gales \u00e0 des tumeurs, des exc\u00e8s de bile ou des abc\u00e8s de pus qui r\u00e9sultent de l\u2019afflux non naturel d\u2019humeurs pernicieuses en conflit au sein du corps politique, Hobbes pr\u00e9cise ult\u00e9rieurement son diagnostic de ces maladies intestines (<em>internal diseases<\/em>) qui affaiblissent le corps politique au point de finir par le dissoudre, la mort du corps politique \u00e9tant caus\u00e9e par la d\u00e9faite de ses forces face \u00e0 l\u2019ennemi victorieux dans une guerre \u00e9trang\u00e8re ou intestine, en raison, respectivement, de la violence ext\u00e9rieure \u2013\u00a0c\u2019est le cas de l\u2019acquisition du pouvoir souverain par la force d\u2019un coup d\u2019\u00c9tat ou de la conqu\u00eate par la guerre qui soumet les vaincus [chap.\u00a020]\u00a0\u2013 ou du d\u00e9sordre int\u00e9rieur (<em>intestine disorder<\/em>) dont il s\u2019agit de faire l\u2019\u00e9tiologie en analysant les sympt\u00f4mes de ces diverses pathologies [au chap.\u00a029].<\/p>\n<p>Laissant de c\u00f4t\u00e9 le cas devenu marginal des guerres priv\u00e9es entre clans familiaux, Hobbes se focalise sur les causes des s\u00e9ditions ou guerres civiles, \u00e0 savoir\u00a0: d\u2019une part, l\u2019<em>infirmit\u00e9 cong\u00e9nitale<\/em> d\u2019un royaume ou d\u2019une r\u00e9publique qui ne dispose pas de la force ou du pouvoir n\u00e9cessaire pour assurer la paix et la d\u00e9fense de l\u2019\u00c9tat contre les interventions \u00e9trang\u00e8res et les r\u00e9bellions intestines\u00a0; d\u2019autre part, la contamination par le <em>poison<\/em> des doctrines s\u00e9ditieuses \u00e0 l\u2019origine des querelles intestines qui en<em>veni<\/em>ment l\u2019\u00e9tat du corps politique affect\u00e9 par la contestation religieuse et\/ou par l\u2019agitation incivile au point de provoquer des r\u00e9bellions.<\/p>\n<p>Premier cas de figure de la dissension th\u00e9ologico-politique, la propagation de croyances superstitieuses \u00e0 l\u2019origine, par exemple, de la peur des t\u00e9n\u00e8bres ou des fant\u00f4mes provoque de violentes convulsions comparables \u00e0 l\u2019\u00e9pilepsie\u00a0: engendrant la terreur de ch\u00e2timents et l\u2019espoir de r\u00e9compenses, des termes incompr\u00e9hensibles au fondement des querelles de chapelles prennent possession (de l\u2019esprit) de ces gens, priv\u00e9s de leurs propres sens, dont l\u2019intelligence suffoque sous la pression de ces inepties, avec pour cons\u00e9quence d\u2019engendrer des dissensions au sein du peuple qui provoquent un tel trouble (de l\u2019ordre public) que la r\u00e9publique est accabl\u00e9e par cette oppression, voire jet\u00e9e dans le brasier d\u2019une guerre civile qui peut la d\u00e9truire<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Tout en mentionnant \u2013\u00a0parmi d\u2019autres maladies moins graves\u00a0\u2013 les grands acc\u00e8s de fi\u00e8vre populaire contre les pr\u00e9l\u00e8vements fiscaux pourtant n\u00e9cessaires pour financer l\u2019\u00c9tat, en particulier en vue d\u2019une guerre qui menace \u2013\u00a0alors m\u00eame que c\u2019est une des causes principales des \u00e9meutes populaires\u00a0\u2013, Hobbes insiste plut\u00f4t comme cause fr\u00e9quente de r\u00e9bellions contre la monarchie sur le venin de la tyranno-phobie qu\u2019il compare \u00e0 la rage en raison du sympt\u00f4me de l\u2019hydrophobie, le tourment consistant \u00e0 avoir constamment soif tout en ayant l\u2019eau en horreur\u00a0: enrag\u00e9s par la propagation des id\u00e9es d\u00e9mocratiques, les jeunes hommes et les gens d\u00e9raisonnables en g\u00e9n\u00e9ral manifestent leur hostilit\u00e9 envers la monarchie, grognant en montrant les dents, alors qu\u2019ils ont besoin du monarque fort que, pourtant, ils abhorrent d\u00e8s qu\u2019ils sont gouvern\u00e9s avec force (<em>strongly<\/em>)<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie critique de la s\u00e9dition motiv\u00e9e par son exp\u00e9rience personnelle de la <em>Great Rebellion<\/em> permet \u00e0 Hobbes de rep\u00e9rer les diff\u00e9rentes modalit\u00e9s de la contestation, potentiellement ou effectivement violente, du monopole absolu du Pouvoir et de la violence l\u00e9gitime dont l\u2019\u00c9tat doit disposer selon la doctrine absolutiste.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\">*<br \/>contexte historique des guerres en tous genres<\/h6>\n<p>Le <em>L\u00e9viathan<\/em> est truff\u00e9 d\u2019allusions historiques, par exemple \u00e0 propos de l\u2019infirmit\u00e9 th\u00e9ologico-politique de l\u2019Angleterre qui remonterait aux concessions, faites aux libert\u00e9s de l\u2019\u00e9glise romaine, par Guillaume le Conqu\u00e9rant et \u00e0 celles, faites aux barons, par son fils cadet pour h\u00e9riter de la Couronne aux d\u00e9pens de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9\u00a0: d\u2019ordre th\u00e9ologico-politique, les premi\u00e8res auraient provoqu\u00e9 le conflit sur les privil\u00e8ges de l\u2019\u00e9glise catholique entre le roi Henri II Plantagenet et l\u2019archev\u00eaque de Canterbury, Thomas Beckett assassin\u00e9 en 1170\u00a0; d\u2019ordre proprement politique, les secondes favorisent la r\u00e9bellion, contre le roi Jean sans Terre, des barons soutenus par les Fran\u00e7ais (\u00e0 partir de 1216), cette premi\u00e8re guerre des barons (1215-1217) intervenant dans le contexte de la <em>Magna carta<\/em> (1215) que le roi leur avait conc\u00e9d\u00e9e.<\/p>\n<p>R\u00e9sumant en dix lignes un si\u00e8cle et demi d\u2019histoire de l\u2019Angleterre qui m\u00eale guerres de succession, guerres inter-\u00e9tatiques et r\u00e9bellions, Hobbes cerne la double souche, th\u00e9ologique et politique, de la <em>Great Rebellion<\/em> de 1640-1649 qu\u2019il comprend donc comme une guerre civile aliment\u00e9e par un diff\u00e9rend religieux. Tout en d\u00e9fendant, contre les guerres ext\u00e9rieures et int\u00e9rieures (<em>a warre forraign, or intestine<\/em>), l\u2019int\u00e9r\u00eat public \u2013\u00a0des gens donc (<em>the people<\/em>)\u00a0\u2013 \u00e0 la paix civile entre citoyens-sujets et \u00e0 la paix de l\u2019\u00c9tat qui n\u2019est pas en guerre (<em>Peace, and defense of the Common-wealth<\/em>)<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, Hobbes n\u2019insiste pas sur les violences et les atrocit\u00e9s des guerres\u00a0: ni sur le massacre de la Saint-Barth\u00e9lemy, par exemple, ni sur le sac de Magdebourg en mai 1631 par les troupes catholiques de Tilly, qui ravagent la ville protestante et en massacrent tous les habitants avec pour effet de provoquer le roi de Su\u00e8de \u00e0 entrer en lice dans la guerre de Trente Ans (1618-1648) d\u00e9clench\u00e9e par la d\u00e9fenestration de Prague, le 26 mai 1618. Pourtant, cette guerre d\u2019origine confessionnelle avait \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une intensification des violences commises contre les populations civiles, et ce m\u00eame par rapport \u00e0 ladite guerre de Cent Ans entre arm\u00e9es royales et ducales (de 1337 \u00e0 1453) pendant laquelle des bandes arm\u00e9es enr\u00f4l\u00e9es par les seigneurs d\u00e9vastent les campagnes apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9es, vivant ainsi sur l\u2019habitant et \u201fr\u00f4tissant\u201d les paysans, comme les Tard-Venus et les \u00c9corcheurs \u00e9voqu\u00e9s par Foucault. Aggravant encore pr\u00e9dations et violences, les troupes de mercenaires command\u00e9s par des condottieres, des capitaines de bandes arm\u00e9es comme le c\u00e9l\u00e8bre Wallenstein qui fut \u00e0 la t\u00eate de 150\u00a0000 soldats, ont \u00e9t\u00e9 engag\u00e9es contractuellement pour affamer les populations, ruiner le territoire ennemi en le pillant et en le d\u00e9vastant\u00a0: cette strat\u00e9gie du <em>d\u00e9gast<\/em> en fait de v\u00e9ritables bandits qui soumettent les gens d\u00e9sarm\u00e9s \u00e0 des violences arbitraires et menacent d\u2019incendier leur maison pour leur extorquer une ran\u00e7on.<\/p>\n<p>Dans <em>L\u2019aventureux Teuton simplicissimus<\/em> (1668) qui raconte la vie d\u2019un \u00e9trange vagabond na\u00eff (<em>paicaro<\/em> en espagnol) figurant le plus simple des hommes du peuple, Grimmelshausen part de sa propre exp\u00e9rience de la guerre en tant que soldat de l\u2019arm\u00e9e imp\u00e9riale \u00e0 partir de 1635 pour raconter les horreurs de la guerre subies par le petit peuple, des pillages aux violences les plus cruelles. D\u00e8s 1625, constatant les crimes commis sans retenue par les gens arm\u00e9s lors de cette guerre, Grotius s\u2019\u00e9tait attach\u00e9 \u00e0 circonscrire <em>Le droit de la guerre et de la paix<\/em> pour limiter les violences en prohibant des pratiques qui violent le droit divin et qui, \u00e0 ce titre, devraient inspirer l\u2019horreur m\u00eame chez les nations les plus barbares, et ce d\u2019autant plus que l\u2019appel aux armes se fait pour des raisons futiles\u00a0: ce que Kant d\u00e9noncera \u00e0 son tour dans <em>La<\/em> <em>paix perp\u00e9tuelle<\/em> (1795). Hobbes avait lui-m\u00eame d\u00e9j\u00e0 not\u00e9 les cons\u00e9quences d\u00e9vastatrices des querelles futiles \u00e0 l\u2019origine des guerres inter-\u00e9tatiques comme de la guerre de tous contre tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<\/p>\n<p>Tout en indiquant en passant les autres occasions de violence, des guerres priv\u00e9es entre familles hostiles aux r\u00e9voltes antifiscales en passant par le brigandage et les violences (<em>Robbery and Violence<\/em>)<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, sans en pointer n\u00e9anmoins la facture diff\u00e9rente, Hobbes d\u00e9gage le fondement anthropologique de toutes ces violences en acte dans la v\u00e9h\u00e9mence des passions, les d\u00e9sirs passionn\u00e9s \u00e9tant \u00e0 l\u2019origine des conflits violents entre individus.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\">2.2<br \/><span style=\"color: #99cc00;\">Passions violentes \u00e0 l\u2019origine des actes de violence<\/span><\/h6>\n<p>Ce qui rend deux hommes ennemis l\u2019un de l\u2019autre au point de s\u2019efforcer de se d\u00e9truire ou de se soumettre mutuellement, c\u2019est en principe et en th\u00e9orie leur d\u00e9sir d\u2019une seule et m\u00eame chose dont ils ont besoin en g\u00e9n\u00e9ral pour leur propre conservation, mais parfois uniquement pour leur agr\u00e9ment (<em>delectation<\/em>).<\/p>\n<p>Reste que Hobbes reconna\u00eet que l\u2019initiative agressive, <em>en fait<\/em>, est prise par le Conqu\u00e9rant (<em>the Invader<\/em>) qui n\u2019a rien \u00e0 craindre de la force d\u2019un seul individu install\u00e9 sur la terre qu\u2019il cultive, puisqu\u2019il s\u2019est lui-m\u00eame uni avec d\u2019autres (<em>prepared with forces united<\/em>) pour le d\u00e9poss\u00e9der de son bien et en jouir \u00e0 sa place jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un autre agresseur ne l\u2019en d\u00e9poss\u00e8de \u00e0 son tour. S\u2019il est donc raisonnable de se prot\u00e9ger pr\u00e9ventivement contre un tel danger en se rendant ma\u00eetre, par la force ou la ruse (<em>by force, or wiles<\/em>), du plus de gens possibles, c\u2019est bien parce qu\u2019il existe une minorit\u00e9 (<em>some<\/em>) agressive de gens \u00e9quip\u00e9 d\u2019armes, qui \u00e9prouvent un malin plaisir \u00e0 jouir de leur propre pouvoir lors des conqu\u00eates que ces agresseurs, qui empi\u00e8tent sur le territoire des autres, poursuivent plus loin que ne le requi\u00e8rent leur s\u00fbret\u00e9. C\u2019est contre l\u2019invasion guerri\u00e8re de cette minorit\u00e9 d\u2019<em>hommes<\/em>, tout <em>naturellement<\/em> agressifs ou violents, que les gens paisibles sont contraints et forc\u00e9s de se prot\u00e9ger en \u00e9tablissement un \u00c9tat qui interdit aux sujets d\u2019user de violence les uns contre les autres.<\/p>\n<p>Or l\u2019usage potentiellement violent de la force \u2013\u00a0et de la ruse comme force de l\u2019esprit\u00a0\u2013 n\u2019est pas <em>injuste<\/em> dans l\u2019\u00e9tat de guerre (<em>Warre<\/em>) de tous contre tous\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Where there is no common power, there is no Law: where no Law, no Injustice. <\/em><em>Force, and Fraud, are in warre the two cardinall vertues<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. C\u2019est pourquoi les trois causes principales de querelle entre les hommes \u2013\u00a0la rivalit\u00e9, la d\u00e9fiance et l\u2019orgueil (<em>Superbia<\/em>)\u00a0\u2013 les poussent \u00e0 user de violence les uns contre les autres dans l\u2019\u00e9tat potentiel de guerre qu\u2019est l\u2019\u00e9tat pr\u00e9-\u00e9tatique de nature\u00a0:<\/p>\n<pre>\u00ab\u00a0La rivalit\u00e9 pousse des hommes \u00e0 agresser en vue du gain, la d\u00e9fiance en vue de la s\u00fbret\u00e9\u00a0; et l\u2019orgueil en vue de la r\u00e9putation. La violence est utilis\u00e9e, dans le premier cas, pour se rendre ma\u00eetre de la personne d\u2019autres hommes, \u00e9pouses, enfants et de leurs bestiaux, dans le second cas, pour les d\u00e9fendre, et, dans le troisi\u00e8me cas, pour des bagatelles comme un mot, un sourire, une opinion diff\u00e9rente, et tout autre signe de m\u00e9sestime, soit directement envers leur personne ou bien, par ricochet, envers leur parent\u00e9, leurs amis, leur nation, leur profession ou leur nom.<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>\u00a0\u00bb<\/pre>\n<p>La conclusion th\u00e9orique tir\u00e9e de la m\u00e9canique des passions est confirm\u00e9e par l\u2019exp\u00e9rience qui montre chacun verrouillant sa porte la nuit et s\u2019armant pour voyager. De m\u00eame, les rois et autres souverains prot\u00e8gent leurs fronti\u00e8res par des garnisons dans des fortifications munies de canons\u00a0: sans cesse envieux les uns des autres, ils sont en \u00e9tat de guerre potentielle les uns contre les autres et toujours pr\u00eats \u00e0 s\u2019affronter comme des gladiateurs qui se menacent mutuellement en pointant leurs armes de mani\u00e8re mena\u00e7ante<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. C\u2019est que la violence est le meilleur moyen pour se d\u00e9fendre contre la violence des autres et pour s\u2019imposer contre ses rivaux, ses adversaires ou ses ennemis. Car c\u2019est la concurrence pour les richesses, les honneurs et les divers pouvoirs, qui pousse aux diff\u00e9rends, \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9 (<em>Enmity<\/em>) et \u00e0 la guerre\u00a0: pour satisfaire <em>son<\/em> <em>d\u00e9sir<\/em>, le rival (<em>Competitor<\/em>) tue, subjugue, \u00e9vince ou repousse l\u2019autre.<\/p>\n<p>M\u00eame si le d\u00e9sir de pouvoir est au fondement des autres d\u00e9sirs, les biens ou le savoir \u00e9tant par exemple une forme de pouvoir<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, ce n\u2019est pas tant le d\u00e9sir en lui-m\u00eame que le d\u00e9sir d\u2019acqu\u00e9rir sans cesse <em>toujours plus<\/em> de pouvoir (<em>the perpetual and restless desire of Power after power<\/em>)<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a> qui est \u00e0 l\u2019origine des conflits potentiellement violents. Car c\u2019est la vigueur et la v\u00e9h\u00e9mence des passions extravagantes qui rendent fou et qui, par exemple en excitant d\u00e9mesur\u00e9ment le d\u00e9sir de revanche ou vengeance (<em>Revenge<\/em>)<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, poussent \u00e0 commettre des violences contre les autres et m\u00eame contre soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Or cet app\u00e9tit insatiable de pouvoir qui se manifeste, en particulier, \u00e0 travers le d\u00e9sir de soumettre l\u2019autre et le plaisir de jouir de son propre pouvoir de conqu\u00e9rir (<em>pleasure in contemplating their own power in the acts of conquest<\/em>) agressivement [chap.\u00a023], s\u2019enracine dans les passions humaines et en particulier dans l\u2019amour de soi (<em>self-love<\/em>)<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, lui-m\u00eame passionn\u00e9 ou excessif, que Rousseau pr\u00e9f\u00e9rera appeler l\u2019amour-propre comme Kant \u00e0 sa suite. La folie que chacun voit chez les autres, c\u2019est l\u2019amour passionn\u00e9 \u2013*\u00a0ou narcissique\u00a0\u2013 de soi-m\u00eame, dont la violence peut rendre fou furieux, tant l\u2019image de soi-m\u00eame (<em>self-conceipt<\/em>) est \u00e0 la fois vaniteuse et orgueilleuse (<em>Superbia <\/em>vs <em>vaine-Glory<\/em>)\u00a0:<\/p>\n<pre>\u00ab\u00a0La passion, dont la violence ou la persistance provoque la folie, est soit une <em>vaine gloire<\/em> immense, qui est commun\u00e9ment nomm\u00e9e <em>orgueil<\/em> et <em>vanit\u00e9<\/em> [<em>Pride<\/em>, and <em>self-conceipt<\/em>], soit une immense<em> d\u00e9pression<\/em> de l\u2019esprit [<em>animi demissio<\/em>].<br \/>L\u2019orgueil rend l\u2019homme sujet \u00e0 la col\u00e8re, dont l\u2019exc\u00e8s est la folie appel\u00e9e RAGE et FUREUR. Et c\u2019est ainsi qu\u2019il arrive qu\u2019un d\u00e9sir excessif de revanche, quand il devient habituel, l\u00e8se les organes, et devient rage\u00a0; qu\u2019un amour excessif, avec de la jalousie, devient \u00e9galement rage\u00a0; que l\u2019excessive opinion qu\u2019un homme a de lui-m\u00eame, \u00e0 cause de la sagesse, l\u2019instruction, le physique, ou quelque chose de similaire, voire \u00e0 cause de l\u2019inspiration divine (qu\u2019il croit avoir \u00e0 tort), devient \u00e9garement et frivolit\u00e9\u00a0; la m\u00eame chose, jointe \u00e0 l\u2019envie, devient de la rage\u00a0; et l\u2019opinion v\u00e9h\u00e9mente de la v\u00e9rit\u00e9 de quelque chose, contredite par autrui, devient de la rage.<br \/>La d\u00e9pression rend l\u2019homme sujet \u00e0 des craintes sans fondement, laquelle folie est commun\u00e9ment appel\u00e9e m\u00e9lancolie\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a><\/pre>\n<p>Tout en d\u00e9crivant la folie sous les esp\u00e8ces d\u2019une maniaco-d\u00e9pression, Hobbes diagnostique la pathologie narcissique \u00e0 l\u2019origine des fou-furieuses violences entre hommes. Poss\u00e9d\u00e9 par l\u2019id\u00e9e folle d\u2019\u00eatre inspir\u00e9 par l\u2019esprit m\u00eame du Dieu tout-puissant, l\u2019enthousiaste s\u2019admire lui-m\u00eame d\u2019\u00eatre touch\u00e9 par la gr\u00e2ce divine, alors que son inspiration personnelle n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019une opinion humaine qu\u2019il a eu la bonne fortune de d\u00e9couvrir rationnellement et qu\u2019il croit \u00eatre une v\u00e9rit\u00e9 originale que les autres auraient m\u00e9connue. Loin d\u2019\u00eatre limit\u00e9 au cas des poss\u00e9d\u00e9s (<em>spiritati<\/em>) d\u00e9moniaques, la folie de se croire inspir\u00e9e est bien plus commune qu\u2019il n\u2019y para\u00eet. La folie qui rend enrag\u00e9 contre ses propres amis un individu aveugl\u00e9 par son extravagante passion est la m\u00eame (<em>the same<\/em>) que celle qui pousse une foule enrag\u00e9e \u00e0 vocif\u00e9rer, combattre et m\u00eame tuer ses protecteurs, alors qu\u2019ils avaient assur\u00e9 contre tout tort (<em>injury<\/em>) la s\u00e9curit\u00e9 de cette multitude de gens pendant toute leur vie\u00a0: la clameur s\u00e9ditieuse d\u2019une nation agit\u00e9e provient en effet des passions singuli\u00e8res des gens qui, imbus de leur propre opinion s\u00e9ditieuse, conspirent \u00e0 pr\u00e9sent ensemble contre leurs protecteurs<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>.<\/p>\n<p>C\u2019est bien parce qu\u2019ils ont une tr\u00e8s haute opinion d\u2019eux-m\u00eames et de leurs propres opinions que les gens se plaignent de tous les r\u00e9gimes, monarchiques ou d\u00e9mocratiques, et en particulier des imp\u00f4ts \u00e0 payer\u00a0: un petit paiement passe pour une grande injustice et un grave grief (<em>grievance<\/em>) \u00e0 cause des verres d\u00e9formant dans le sens de l\u2019exag\u00e9ration dont tous les hommes sont pourvus par nature, \u00e0 savoir \u00ab\u00a0leurs passions et amour de soi\u00a0\u00bb (<em>self-love<\/em>). C\u2019est ce qui rend leur condition de<em> sujets<\/em> mis\u00e9rable \u00e0 leurs yeux, soumis qu\u2019ils sont \u00e0 leurs odieuses envies et \u00e0 leurs passions d\u00e9r\u00e9gl\u00e9es qui les rendent incapables de pr\u00e9voir, gr\u00e2ce \u00e0 la raison prospective, toutes les mis\u00e8res cons\u00e9cutives \u00e0 l\u2019absence de r\u00e9publique et de Tr\u00e9sor, lequel est n\u00e9cessaire en vue d\u2019une guerre toujours possible contre <em>leurs<\/em> ennemis.<\/p>\n<p>Compte tenu de ces \u00ab\u00a0mis\u00e8res et des affreuses calamit\u00e9s qui accompagnent une guerre civile\u00a0\u00bb (c\u2019est la condition europ\u00e9enne des soci\u00e9t\u00e9s \u00e0 \u00c9tats) ou bien qui r\u00e9sultent de la condition d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e des gens sans roi, ni loi \u2013\u00a0c\u2019est la mani\u00e8re, brute et brutale (<em>brutish<\/em>), de vivre sans gouvernement des Sauvages d\u2019Am\u00e9rique<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>\u00a0\u2013, il faut pr\u00e9cis\u00e9ment \u00ab\u00a0la soumission aux lois et un pouvoir coercitif pour entraver rapine et vengeance\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a>.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\">2.3<br \/><span style=\"color: #99cc00;\">Violences du pouvoir d\u2019\u00c9tat<\/span><\/h6>\n<p>T\u00e9moin de son temps et, \u00e0 ce titre, t\u00e9moin de la s\u00e9quence historique de l\u2019absolutisme (avort\u00e9 en Angleterre) qui pr\u00e9pare la captation \u00e9tatique du monopole de la violence l\u00e9gitime, Hobbes illustre parfaitement la transmutation, point\u00e9e par Foucault, des violences priv\u00e9es en crimes publics contre le Souverain\u00a0: si les personnes priv\u00e9es peuvent bien effacer les dettes des autres et donc leur pardonner (<em>to remit<\/em>), elles ne peuvent en faire de m\u00eame avec les vols et autres violences dont elles ont subi le dommage, car \u00ab\u00a0vol et violence sont des torts commis \u00e0 l\u2019endroit de la personne de la r\u00e9publique\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. Une fois l\u2019\u00c9tat institu\u00e9, toute violence devient illicite d\u00e8s lors qu\u2019elle n\u2019est pas command\u00e9e, ou permise, par et pour le souverain\u00a0: la violence est, en ce sens, <em>abus de la force<\/em> dont un sujet use contre un autre, sans y \u00eatre autoris\u00e9 par les lois ou les d\u00e9crets du souverain qui, pour sa part, fait <em>usage<\/em> de son pouvoir absolu et accomplit par l\u00e0 m\u00eame son devoir non seulement en ch\u00e2tiant les crimes et les d\u00e9lits [chap.\u00a028], mais encore en commettant des iniquit\u00e9s (au niveau moral) parfaitement justes (au niveau juridique), par exemple en faisant tuer un sujet innocent comme le roi David le fit aux d\u00e9pens d\u2019Urie<a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a> le hittite, mari de Bethsab\u00e9e enceinte du roi [2\u00a0Samuel XI].<\/p>\n<p>Pour Hobbes, le souverain a tous les droits (<em>plenitudo potestatis<\/em>) et donc il a parfaitement le droit d\u2019user, \u00e0 son bon gr\u00e9, de la force potentiellement violente du pouvoir absolu dont il dispose, vu que ce pouvoir souverain sur la vie, la libert\u00e9 et les biens de ses sujets lui a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 ou conc\u00e9d\u00e9 par les sujets eux-m\u00eames, soit \u00e0 travers un pacte (spontan\u00e9) \u2013\u00a0c\u2019est le cas (fictif s\u2019il en faut au regard de la doctrine absolutiste) de la R\u00e9publique institu\u00e9e<em> politiquement<\/em><a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a> \u00e0 partir d\u2019une convention (<em>Covenant<\/em>) pass\u00e9e entre les hommes [chap.\u00a018]\u00a0\u2013, soit du fait de la soumission au ma\u00eetre (<em>a Lord, or Master<\/em>) victorieux \u00e0 la guerre \u2013\u00a0c\u2019est le cas (bien plus effectif) de la r\u00e9publique acquise<em> despotiquement<\/em> par la conqu\u00eate victorieuse d\u2019un domaine (<em>Dominion<\/em>) sur lequel le ma\u00eetre peut exercer sa domination [chap.\u00a020]\u00a0\u2013\u00a0: comme les sujets se soumettent dans les deux cas par peur et donc par int\u00e9r\u00eat, les droits et les cons\u00e9quences de la souverainet\u00e9 par acquisition sont tr\u00e8s exactement les m\u00eames (<em>the very same<\/em>), et pour les m\u00eames raisons, que ceux r\u00e9sultant de la<em> domination<\/em>, paternelle <em>ou<\/em> despotique<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a> (ces deux cas de figure revenant d\u2019ailleurs au m\u00eame).<\/p>\n<p>Le souverain \u00e9tant, dans l\u2019\u00e9tat de nature, en guerre potentielle non seulement avec les autres souverains, mais \u00e9galement avec ses sujets, vu qu\u2019il n\u2019est engag\u00e9 par aucun contrat envers eux, puisqu\u2019il use du droit naturel que les sujets lui ont conc\u00e9d\u00e9 en raisonnant indissociablement \u00e0 propos de l\u2019int\u00e9r\u00eat public et de son propre int\u00e9r\u00eat, Foucault a doublement tort de pr\u00e9tendre que Hobbes a voulu \u00e9liminer la guerre (comme r\u00e9alit\u00e9 historique de la conqu\u00eate anglaise) de la gen\u00e8se de la souverainet\u00e9<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>\u00a0: la guerre est immanente au syst\u00e8me de domination comme<em> potentialit\u00e9<\/em> m\u00eame de l\u2019exercice du pouvoir (c\u2019est la<em> potentia<\/em> de la <em>potestas<\/em>) qui, pour faire respecter son autorit\u00e9, menace d\u2019utiliser, ou utilise effectivement, la force potentiellement violente de son arm\u00e9e (<em>Militia<\/em>)<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a> symbolis\u00e9e par le glaive public (<em>publique<\/em> <em>Sword<\/em>)<a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a>\u2013\u00a0c\u2019est le bras arm\u00e9 ou la main droite du pouvoir temporel de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u2013, tout en brandissant le symbole du pouvoir spirituel, la crosse \u00e9piscopale \u2013\u00a0tenue par le bras gauche du souverain sur le frontispice du <em>L\u00e9viathan<\/em> \u2013, laquelle assure la domination des esprits dans une R\u00e9publique<em> eccl\u00e9siastique<\/em> et civile, en contrepoint de la censure des doctrines s\u00e9ditieuses [chap.\u00a029].<\/p>\n<p>Dans la version qu\u2019en donne Hobbes au xvii<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, ce sont les deux pans du monopole \u00e9tatique de la violence physique<em> et symbolique<\/em> l\u00e9gitime. L\u2019amendement de Bourdieu \u00e0 la formule de Weber invite \u00e0 consid\u00e9rer la<em> violence symbolique<\/em> inh\u00e9rente au syst\u00e8me de domination qui contraint les sujets \u00e0 reconna\u00eetre, tout en la m\u00e9connaissant, la l\u00e9gitimit\u00e9 de leur propre assujettissement\u00a0: ce qui fait \u00e9cho, chez Hobbes, au chantage par la peur qui extorque aux sujets le consentement \u00e0 leur propre domination. Car, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 Foucault, il s\u2019agit bien d\u2019un syst\u00e8me de domination des sujets apeur\u00e9s et infantilis\u00e9s par le ma\u00eetre, le <em>Lord Protector<\/em>, qui les contraint \u00e0 ob\u00e9ir par la peur ou la persuasion sans avoir, la plupart du temps, \u00e0 user de force et\/ou de violence (<em>pro vi et violencia<\/em>) pour s\u2019imposer.<\/p>\n<h6 style=\"text-align: center;\">*<br \/>Notes<\/h6>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>Leviathan<\/em>, chap.\u00a0XX, p.\u00a0255.<br \/><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Chap.\u00a029, p.\u00a0371-372\u00a0; trad. fr. p.\u00a0351-352.<br \/><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Chap.\u00a029, p.\u00a0369-370\u00a0; trad. fr. p.\u00a0348-349.<br \/><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Chap.\u00a029, p.\u00a0363\u00a0; trad. fr. p.\u00a0343.<br \/><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Chap.\u00a010, p.\u00a0150\u00a0; trad. fr. p.\u00a0207.<br \/><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Chap.\u00a013, p.\u00a0188\u00a0; trad. fr. p.\u00a0126.<br \/><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Chap.\u00a013, p.\u00a0185\u00a0; trad. fr. p.\u00a0123-124.<br \/><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Chap.\u00a013, p.\u00a0186-187\u00a0; trad. fr. p.\u00a0125-126.<br \/><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Chap.\u00a08, p.\u00a0139\u00a0; trad. fr. p.\u00a069.<br \/><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Chap.\u00a011, p.\u00a0161 <em>vs<\/em> lat. p.\u00a050\u00a0; trad. fr. p.\u00a096.<br \/><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Chap.\u00a08, p.\u00a0139-140\u00a0; trad. fr. p.\u00a070.<br \/><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Chap.\u00a018, p.\u00a0239\u00a0; trad. fr. p.\u00a0191.<br \/><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Chap.\u00a08, p.\u00a0140\u00a0; trad. fr. p.\u00a070.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 40px;\"><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Chap.\u00a08, p.\u00a0139-140 <em>vs<\/em> lat. p.\u00a037-38\u00a0; trad. fr. p.\u00a069-70. Si les deux versions du texte usent de l\u2019italique, l\u2019anglais met en majuscule les termes d\u00e9finis par Hobbes. Ma traduction r\u00e9tablit les mots en majuscule et introduit parfois la version latine, en s\u2019aidant des notes de Fr. Tricaud et en s\u2019inspirant librement de sa traduction et de celle de Philippe Folliot (<a href=\"http:\/\/www.catallaxia.free.fr\/Hobbes%20-%20leviathan.pdf\">disponible en ligne<\/a>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Chap.\u00a08, p.\u00a0141\u00a0; trad. fr. p.\u00a071.<br \/><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> <em>Cf. <\/em>chap.\u00a013, p.\u00a0187\u00a0; trad. fr. p.\u00a0125.<br \/><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Chap.\u00a018, p.\u00a0238-239\u00a0; trad. fr. p.\u00a0190-191.<br \/><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> Chap.\u00a015, p.\u00a0207\u00a0; trad. fr. p.\u00a0150.<br \/><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> Chap.\u00a021, p.\u00a0265\u00a0; trad. fr. p.\u00a0225.<br \/><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Chap.\u00a017, p.\u00a0228\u00a0; ; trad. fr. p.\u00a0178.<br \/><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Chap.\u00a020, p.\u00a0256\u00a0; trad. fr. p.\u00a0214.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> <em>Cf. <\/em>Michel Foucault, <em>\u00ab\u00a0Il faut d\u00e9fendre la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb<\/em> <em>(cours au Coll\u00e8ge de France 1976)<\/em>, EHESS\/Gallimard\/Seuil, 1997, p.\u00a083 &amp; p.\u00a096.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> <em>L\u00e9viathan<\/em>, chap.\u00a018, p.\u00a0235\u00a0; trad. fr. p.\u00a0187.<br \/><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Chap.\u00a018, p.\u00a0231\u00a0; trad. fr. p.\u00a0182.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plan du cours sur le L\u00e9viathan de Hobbes Le cours sur Hobbes se d\u00e9ploie en deux temps: 1) le cours enregistr\u00e9 lors du confinement du printemps 20202) le cours sur &hellip; <a href=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/2020\/08\/21\/hobbes\/\" class=\"more-link\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\"> &#8220;Hobbes&#8221;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[30,33,29,32],"class_list":["post-836","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cours-sur-la-politique","tag-domination","tag-etat","tag-politique","tag-societe"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.6 - 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