{"id":4550,"date":"2024-03-22T16:06:07","date_gmt":"2024-03-22T15:06:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/?page_id=4550"},"modified":"2024-03-22T16:07:49","modified_gmt":"2024-03-22T15:07:49","slug":"animalite-de-la-violence","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/cours-2020-2023-ferrie\/violence-en-tous-genres\/animalite-de-la-violence\/","title":{"rendered":"Animalit\u00e9 de la violence\u00a0?"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: center;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Animalit\u00e9 de la violence\u00a0?<\/span><\/h3>\n<p>La bestialisation de la violence humaine est un lieu commun. Dans <em>La B\u00eate humaine<\/em>, Zola met en sc\u00e8ne le conducteur d\u2019une locomotive qui \u00e9prouve une pulsion meurtri\u00e8re d\u00e8s qu\u2019il s\u2019accouple avec une femme. Si Jacques Lantier parvient \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 s\u2019enfuir pour \u00e9viter de commettre la violence inhumaine de tuer sa propre ma\u00eetresse, la b\u00eate en lui finit par l\u2019emporter\u00a0: \u00ab\u00a0en m\u00e2le farouche qui \u00e9ventre les femelles\u00a0\u00bb, la b\u00eate inhumaine c\u00e8de au rut du crime et la poignarde. Mais peut-on dire pour autant que la violence est en g\u00e9n\u00e9ral bestiale et inhumaine\u00a0? Quel rapport la violence entretient-elle avec l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain\u00a0?<\/p>\n<p>La violence porte atteinte \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 d\u2019un autre \u00eatre vivant, qu\u2019il soit humain ou non humain, parfois de mani\u00e8re gratuite, mais toujours d\u2019une mani\u00e8re qui para\u00eet monstrueuse \u00e0 la victime humaine qui en souffre. Car la victime attendrait de son cong\u00e9n\u00e8re violent une compassion qui manifeste son humanit\u00e9\u00a0: l\u2019humanit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain se caract\u00e9rise en effet par la sensibilit\u00e9 \u00e0 la souffrance des autres, une facult\u00e9 \u00e0 ressentir de la compassion pour un autre \u00eatre humain, et m\u00eame pour un \u00eatre vivant non humain, qui est en train de souffrir. Or l\u2019animal non humain ne dispose pas de cette facult\u00e9 proprement humaine\u00a0: la b\u00eate ravissante ne peut ressentir de compassion envers la proie dont elle s\u2019empare conform\u00e9ment \u00e0 la loi de la nature.<\/p>\n<p>La violence serait donc inhumaine en ce double sens qu\u2019elle manifesterait un manque d\u2019humanit\u00e9 envers son semblable qui, de surcro\u00eet, reviendrait \u00e0 imiter la f\u00e9roce bestialit\u00e9 des comportement brutaux des animaux. Car la loi de la nature qui r\u00e8gne sur les b\u00eates, c\u2019est la loi inhumaine du plus fort, c\u2019est-\u00e0-dire du plus violent qui s\u2019impose <em>pro vi et violentia<\/em> dans l\u2019\u00e9tat de guerre que Locke fustige, dans son <em>Trait\u00e9 du gouvernement civil <\/em>(1670), comme \u00e9tant la voie des b\u00eates sauvages (<em>the way of beasts<\/em>) qui ravissent la vie des \u00eatres qui sont leurs proies. C\u2019est ainsi que le pr\u00e9dateur humain qui s\u2019empare d\u2019une proie humaine pour perp\u00e9trer des s\u00e9vices corporels, en particulier sexuels dans le cas de la p\u00e9dophilie par exemple, se comporte comme une b\u00eate d\u00e9pourvue d\u2019empathie pour sa proie\u00a0: ce qui justifie de qualifier d\u2019inhumaine cette violence criminelle, bien souvent cruelle, que la b\u00eate humaine perp\u00e8tre aux d\u00e9pens de sa victime. Mais n\u2019y a-t-il pas quelque id\u00e9alise \u00e0 concevoir l\u2019id\u00e9e d\u2019humanit\u00e9 comme expurg\u00e9e de toute violence, alors m\u00eame que les violences humaines semblent \u00eatre d\u2019autant plus naturelles qu\u2019elles apparaissent comme un trait universel de l\u2019histoire humaine\u00a0? Ne faudrait-il donc pas reconna\u00eetre au contraire que la violence est bel et bien humaine et m\u00eame proprement humaine\u00a0?<\/p>\n<p>M\u00eame si certaines violences, cruelles, paraissent monstrueuses, elles proviendraient moins d\u2019un comportement bestial que d\u2019un trait de caract\u00e8re sp\u00e9cifiquement humain. Sauf exception, d\u2019ailleurs bien souvent ambigu\u00eb, les b\u00eates ne commettent aucune cruaut\u00e9\u00a0: leur agressivit\u00e9 naturelle les pousse \u00e0 des actes que nous jugeons violents sans que cette pr\u00e9tendue violence animale, qui vise \u00e0 satisfaire leurs besoins vitaux, ne vise \u00e0 faire du tort en commettant sciemment une violence. Il en va autrement chez l\u2019\u00eatre humain qui a conscience de la violence qu\u2019il commet ou qu\u2019il provoque intentionnellement, souvent pour se venger, et qu\u2019il assume \u00e9galement autant qu\u2019il la programme intellectuellement. C\u2019est le cas par exemple du viol et de la mutilation de Lavinia que Shakespeare met en sc\u00e8ne dans <em>Titus Andronicus<\/em>\u00a0: ces violences sont tout sauf bestiales, car jamais une b\u00eate ne ferait une chose pareille.<\/p>\n<p>Ce qui est ainsi estim\u00e9 inhumain, d\u2019un point de vue moral, est en fait bien<em> humain, trop humain <\/em>au sens de Nietzsche, c\u2019est-\u00e0-dire tellement commun que cela s\u2019apparente \u00e0 une caract\u00e9ristique anthropologique du genre humain\u00a0: les socialistes ont raison d\u2019affirmer que la r\u00e9partition actuelle des biens est la cons\u00e9quence d\u2019innombrables injustices et violences criminelles (<em>Gewaltt\u00e4tigkeit<\/em>), vu que toute l\u2019histoire des anciennes cultures est fond\u00e9e sur la violence (<em>Gewalt<\/em>) et l\u2019esclavage\u00a0; reste que les prol\u00e9taires ne sont pas meilleurs, moralement parlant, qui aspirent \u00e0 une redistribution violente (<em>gewaltsam<\/em>) des biens au lieu de vouloir amoindrir l\u2019instinct de la violence criminelle<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Il n\u2019y a pas de r\u00e9volutions ou de guerres sans violence. En somme, la question se pose de savoir si la violence commise par les \u00eatres humains est inhumaine, en raison du manque d\u2019humanit\u00e9 que manifeste la parent\u00e9 de la violence humaine avec les comportements brutaux et bestiaux des animaux, ou bien si elle s\u2019av\u00e8re au contraire typiquement humaine en raison de l\u2019intention hostile qui motive cette pratique manifestement commune au sein des relations interhumaines. La violence humaine s\u2019inscrit-elle donc dans la continuit\u00e9 de l\u2019agressivit\u00e9 naturelle des animaux ou bien y a-t-il une <em>culture proprement humaine de la violence<\/em> enracin\u00e9e dans une pulsion d\u2019agressivit\u00e9 sp\u00e9cifique que Freud d\u00e9nomme <em>thanatos<\/em>\u00a0?<\/p>\n<p>Avant d\u2019analyser les violences exerc\u00e9es par les \u00eatres humains sur les animaux, il conviendrait de circonscrire ce qui para\u00eet violent chez les animaux, par exemple le combat sanglant entre cong\u00e9n\u00e8res ou encore la pr\u00e9dation de la proie par la b\u00eate ravissante, en s\u2019effor\u00e7ant de neutraliser les projections anthropomorphiques. L\u2019hypoth\u00e8se est la suivante\u00a0: en g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019animal fait violence<sup>1<\/sup> sans commettre<sup>2<\/sup> de violences et encore moins de cruaut\u00e9s<sup>3<\/sup>. Car le comportement violent de l\u2019animal, qui provoque mort et\/ou blessures mortelles, est la plupart du temps ordonn\u00e9 au besoin vital de se nourrir et de d\u00e9fendre son territoire, tout comme sa prog\u00e9niture, ou bien encore ordonn\u00e9 \u00e0 l\u2019instinct tout aussi vital de reproduction\u00a0: par cons\u00e9quent, ces r\u00e9actions d\u2019autod\u00e9fense agressive visent \u00e0 la survie de l\u2019individu et de son esp\u00e8ce, m\u00eame dans le cas de l\u2019agressivit\u00e9 intrasp\u00e9cifique<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, et non \u00e0 la mort de l\u2019agresseur ou du comp\u00e9titeur qui peut en \u00eatre pourtant la cons\u00e9quence. Dans le r\u00e8gne animal, la violence comme cons\u00e9quence \u2013\u00a0et non comme but\u00a0\u2013 de l\u2019agression effective et de l\u2019agressivit\u00e9 naturelle des animaux embarqu\u00e9s dans la lutte pour la vie (<em>struggle for life<\/em>) rend d\u2019autant moins la cause elle-m\u00eame violente que cette agressivit\u00e9 est tout naturellement <em>contenue<\/em> par la fuite, pour \u00e9viter l\u2019affrontement potentiellement mortel, et par des m\u00e9canismes d\u2019inhibition, inf\u00e9od\u00e9s au principe de la conservation de l\u2019esp\u00e8ce, c\u2019est-\u00e0-dire canalis\u00e9e de sorte \u00e0 ne pas avoir de cons\u00e9quences fatales en contradiction avec la conservation de l\u2019esp\u00e8ce<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, l\u2019agressivit\u00e9 n\u2019est un double de la violence que dans le cas de l\u2019esp\u00e8ce humaine o\u00f9 la violence des passions, comme la haine ou le d\u00e9sir de vengeance, rend les individus ou les groupes suffisamment agressifs pour commettre des violences cruelles au point que l\u2019agressivit\u00e9 puisse m\u00eame appara\u00eetre sadique. C\u2019est ce plaisir sadique de faire et de voir souffrir ses cong\u00e9n\u00e8res, ou d\u2019autres \u00eatres vivants, qui finit par pousser Freud \u2013\u00a0au terme de la premi\u00e8re guerre mondiale\u00a0\u2013 \u00e0 admettre une pulsion de mort \u00e0 l\u2019origine de la destructivit\u00e9 et de l\u2019agressivit\u00e9 proprement humaines. Pour Lorenz, Freud a eu le m\u00e9rite d\u2019avoir reconnu l\u2019autonomie de l\u2019agressivit\u00e9 comme pulsion<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, mais le tort d\u2019avoir construit un dualisme en rupture avec le monisme de la biologie<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> qui constate que l\u2019agression participe de l\u2019instinct de la vie\u2026 Si Lorenz reconna\u00eet bien une continuit\u00e9 entre animaux humains et non humains quant \u00e0 leur agressivit\u00e9 naturelle, il diagnostique \u00e9galement une tendance pathologique chez l\u2019\u00eatre humain dont l\u2019esp\u00e8ce court un risque d\u2019autodestruction en raison d\u2019un dysfonctionnement \u00e0 l\u2019origine de la violence proprement humaine\u00a0: comme il n\u2019existe aucun m\u00e9canisme <em>naturel<\/em> d\u2019inhibition permettant de contrer les moyens <em>techniques<\/em> d\u2019\u00eatre violent, il faut compter sur un dispositif <em>culturel<\/em> pour permettre un d\u00e9foulement non-violent du potentiel d\u2019agressivit\u00e9<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. Tout d\u00e9pendrait, en fin de compte, de la <em>culture <\/em>qui aurait pour fonction de contenir la violence, mais qui pourrait aboutir \u00e0 un v\u00e9ritable culte mortif\u00e8re de la violence si la formation sociale ne parvient pas \u00e0 contrecarrer cette tendance l\u00e9tale en canalisant la pulsion d\u2019agressivit\u00e9 d\u2019une mani\u00e8re plus ou moins satisfaisante.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, peut-on m\u00eame parler d\u2019une violence animale\u00a0? N\u2019y a-t-il pas une solution de continuit\u00e9 entre la brutalit\u00e9 des b\u00eates de proie et la f\u00e9rocit\u00e9 des animaux humains\u00a0? Ne convient-il pas de r\u00e9cuser le terme anthropomorphique de <em>pr\u00e9dation<\/em> pour caract\u00e9riser le comportement de la b\u00eate ravissante ou de l\u2019oiseau de proie\u00a0?<\/p>\n<h2>1.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Violence de la pr\u00e9dation humaine<\/h2>\n<p>La connotation n\u00e9gative du terme <em>pr\u00e9dateur<\/em> l\u2019associe \u00e0 la violence de la pr\u00e9dation commise par un homme aussi avide qu\u2019un rapace qui se tient aux aguets pour surprendre sa proie afin de la d\u00e9vorer. La comparaison avec les rapaces, dont la fonction \u00e9cologique de nettoyeur est refoul\u00e9e, donne l\u2019impression que le pr\u00e9dateur prend exemple sur la b\u00eate de proie pour se comporter de mani\u00e8re bestiale. Mais le terme de <em>pr\u00e9dateur<\/em> appara\u00eet \u00e0 tort comme \u00e9tant d\u2019ordre \u00e9thologique, de sorte que le pr\u00e9dateur humain en serait un d\u00e9riv\u00e9 d\u2019autant plus pervers que la pr\u00e9dation serait sexuelle. C\u2019est tout le contraire\u00a0! Le terme de pr\u00e9dateur ne qualifie pas en premier lieu un animal, mais un \u00eatre humain ou un dieu anthropomorphe\u00a0: <em>Jupiter predator<\/em>, qui avait droit \u00e0 une part des d\u00e9pouilles, commet un abus de pouvoir en toute l\u00e9galit\u00e9\u2026<\/p>\n<p><em>Praeda<\/em> signifie tout d\u2019abord<em> butin<\/em> ou d\u00e9pouilles, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ensemble des choses prises \u00e0 l\u2019ennemi, par exemple chez Cic\u00e9ron et C\u00e9sar. Ce terme latin est d\u00e9riv\u00e9 de <em>prai-heda<\/em>\u00a0: si le suffixe \u00e0 l\u2019origine de <em>pr\u00e9<\/em> signifiant devant ou en avant, le radical renvoie \u00e0 la racine indo-europ\u00e9enne du verbe prendre qu\u2019on retrouve dans <em>praehendo<\/em> (prendre, saisir) \u00e0 l\u2019origine de la pr\u00e9hension. \u00c0 l\u2019origine, <em>praeda <\/em>est synonyme de <em>praemium\u00a0<\/em>: tous deux signifient la part de butin prise \u00e0 l\u2019ennemi qui est pr\u00e9lev\u00e9e pour \u00eatre offerte au g\u00e9n\u00e9ral vainqueur ou \u00e0 la divinit\u00e9 ayant donn\u00e9 la victoire. Le terme latin pour <em>proie<\/em> ne prend qu\u2019ensuite trois autres sens\u00a0: prise \u00e0 la chasse ou \u00e0 la p\u00eache, par exemple chez Virgile ou Ovide [<em>M\u00e9tamorphoses<\/em>, 13, v.\u00a0936]\u00a0; p\u00e2ture ou proie des animaux\u00a0; gain ou profit. Le terme <em>praedatio<\/em> signifie en cons\u00e9quence pillage ou brigandage et m\u00eame piraterie. De ce fait, si le sens litt\u00e9ral de <em>praedator<\/em> est pillard, voleur ou brigand, chasseur aussi, ce terme peut avoir le sens figur\u00e9 de ravisseur, s\u00e9ducteur ou encore corrupteur\u00a0: le pr\u00e9dateur est un homme avide compar\u00e9 \u00e0 un rapace.<\/p>\n<p>L\u2019histoire des mots fran\u00e7ais suit la m\u00eame \u00e9volution. Le terme <em>proie<\/em> a tout d\u2019abord le sens militaire de butin ou d\u00e9pouilles<sup>1150<\/sup> avant de prendre celui d\u2019oiseau de proie<sup>1275<\/sup>, c\u2019est-\u00e0-dire de b\u00eate s\u2019emparant d\u2019un animal pour le d\u00e9vorer. Emprunt\u00e9 au latin <em>praedator<\/em> d\u00e9riv\u00e9 de <em>praedari<\/em> (faire du butin, se livrer au pillage), qui est lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 de<em> praeda <\/em>(proie), le terme <em>pr\u00e9dateur<\/em> a tout d\u2019abord le sens de pilleur, en r\u00e9f\u00e9rence en particulier \u00e0 la mythologie qui pr\u00e9sente <em>Jupiter predator<\/em> comme ayant droit \u00e0 une part des d\u00e9pouilles. Dans le langage didactique, le terme ne prend qu\u2019au xviii<sup>e <\/sup>si\u00e8cle le sens de chasseur, p\u00eacheur, cueilleur<sup>1745<\/sup> et, au xx<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, il d\u00e9signe en biologie l\u2019animal se nourrissant de proies et m\u00eame, par extension, un v\u00e9g\u00e9tal se d\u00e9veloppant au d\u00e9triment d\u2019un autre. Par suite, le terme de <em>pr\u00e9dation<\/em><sup>1963<\/sup> est un emprunt moderne au latin <em>praedatio<\/em> dont il est fait usage en biologie animale ou v\u00e9g\u00e9tale et aussi en ethnologie pour d\u00e9signer les groupes pratiquant la collecte. Cette double extension de l\u2019usage est probl\u00e9matique au plus haut point\u00a0!<\/p>\n<p>En somme, la s\u00e9mantique de la pr\u00e9dation est d\u2019origine militaire\u00a0: la proie d\u00e9signe en premier lieu la prise de guerre, c\u2019est-\u00e0-dire le butin mat\u00e9riel, et seulement par extension la prise de chasse ou de p\u00eache, et m\u00eame le rapt d\u2019une personne\u00a0; ce n\u2019est qu\u2019en second lieu que ces termes d\u00e9signent l\u2019animal comme b\u00eate de proie ou comme pr\u00e9dateur. \u00c9tymologiquement, la pr\u00e9dation revient donc \u00e0 s\u2019emparer de quelque chose, puis de quelqu\u2019un, pour en tirer profit, avec la connotation n\u00e9gative du pillage ou brigandage. Humainement parlant, la pr\u00e9dation de quelque chose fait violence \u00e0<sup>1<\/sup> quelqu\u2019un, alors que le pr\u00e9dateur qui s\u2019empare de quelqu\u2019un commet une violence<sup>2<\/sup> criminelle \u00e0 son endroit, laquelle est bien souvent cruelle<sup>3<\/sup>, l\u2019emploi m\u00eame de ce terme de pr\u00e9dateur en particulier sexuel (pour les violeurs et les p\u00e9dophiles) visant \u00e0 souligner les s\u00e9vices commis et donc \u00e0 sp\u00e9cifier cet id\u00e9al-type par rapport au tueur en g\u00e9n\u00e9ral. Mais qu\u2019en est-il des b\u00eates de proie\u00a0? Est-il l\u00e9gitime de parler de violence \u00e0 propos des b\u00eates de proie\u00a0? Est-il correct de qualifier le chasseur primitif de pr\u00e9dateur\u00a0?<\/p>\n<p>La notion de pr\u00e9dation \u00e9tant un concept anthropo-morphe qui disqualifie le pr\u00e9dateur <em>humain<\/em> qui pille et ravit au sens d\u2019un rapt impliquant le viol (<em>rape<\/em>), il convient paradoxalement d\u2019\u00e9viter son usage \u00e9thologique pour qualifier le rapport du pr\u00e9dateur (<em>Beutetier<\/em>) \u00e0 sa proie (<em>Beute<\/em>) et il faut absolument en r\u00e9cuser l\u2019usage ethnologique pour caract\u00e9riser la relation des groupes humains dits sauvages ou primitifs \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale, animale et tribale. Car un tel emploi de la notion implique d\u2019en r\u00e9troprojeter la connotation n\u00e9gative sur le rapport de ces groupes humains de culture animiste aux animaux chass\u00e9s \u2013\u00a0et mang\u00e9s\u00a0\u2013 tout comme sur leur rapport aux ennemis captur\u00e9s \u2013\u00a0et mang\u00e9s\u00a0\u2013\u00a0: il y a en ce sens quelque ethnocentrisme \u00e0 parler de l\u2019animisme <em>pr\u00e9dateur<\/em> des Tupi-Guarani ou des Jivaros<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. En \u00e9thologie comme en ethnologie, il conviendrait de substituer \u00e0 cette notion de pr\u00e9dation le concept plus neutre et plus r\u00e9cent de <em>pr\u00e9l\u00e8vement<\/em>, ce terme d\u00e9riv\u00e9 du bas latin <em>praelevare<\/em> signifiant une extraction qui tire un \u00eatre vivant hors de son milieu de vie\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019<em>extraction<\/em>, sanglante, \u00f4te brutalement la vie par l\u2019usage d\u2019une force sup\u00e9rieure dont dispose la b\u00eate dite f\u00e9roce\u00a0: c\u2019est le cas, par exemple, du f\u00e9lin qui s\u2019attaque \u00e0 sa proie, conform\u00e9ment \u00e0 la cha\u00eene alimentaire, en prenant d\u2019ailleurs plus ou moins de risques, la lionne pouvant \u00eatre bless\u00e9e par le buffle<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>;<\/li>\n<li>Dans cette m\u00eame logique, il y a <em>pr\u00e9l\u00e8vement<\/em> nettoyeur de la part des rapaces et autres animaux recycleurs comme les gu\u00eapes\u00a0;<\/li>\n<li>Le chasseur sauvage extrait brutalement et donc <em>pr\u00e9l\u00e8ve, sans violence<\/em> au sens d\u2019un usage excessif de la force, la proie qu\u2019il chasse pour nourrir sa famille et, dans le meilleur des cas, l\u2019animisme invite \u00e0 rendre respectueusement hommage \u00e0 la victime en restituant son squelette \u00e0 la for\u00eat, comme c\u2019est le cas en Sib\u00e9rie<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En revanche, si le chasseur pris de folie devient un tueur, par exemple de singes hurleurs<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, il y a bien violence, puisque ce tueur inconsid\u00e9r\u00e9 extrait plus que n\u00e9cessaire \u00e0 la for\u00eat en \u00f4tant la vie de mani\u00e8re nuisible\u00a0: ce qu\u2019on peut interpr\u00e9ter, en termes freudiens, comme une mani\u00e8re de satisfaire sa pulsion de mort ou son agressivit\u00e9 mortif\u00e8re. En ce cas, le <em>pr\u00e9l\u00e8vement<\/em> ritualis\u00e9 sous la forme d\u2019un sacrifice qui demande, pieusement, l\u2019autorisation \u00e0 l\u2019esprit de la for\u00eat de tuer un cong\u00e9n\u00e8re se transmue en <em>pr\u00e9dation violente<\/em> comparable \u00e0 un acte de guerre. Dans les termes de Locke, on est pass\u00e9 de l\u2019\u00e9tat de nature \u00e0 l\u2019\u00e9tat de guerre\u2026<\/p>\n<p>Il y a bien, en ce sens, <em>guerre humaine contre la nature et contre les animaux<\/em>, par exemple contre les loups en Europe<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a> ou sur le mont Zagros de la part des groupes d\u2019\u00e9leveurs. Mais il n\u2019y a pas \u00e0 proprement parler de <em>guerre animale<\/em>, ni entre esp\u00e8ces animales, ni entre groupes d\u2019une m\u00eame esp\u00e8ce. Car les animaux subissent la guerre au sens humain d\u2019une destruction d\u00e9vastatrice des vivants et du milieu de vie, mais ils ne la pratiquent pas\u00a0: en contrepoint de la pr\u00e9dation du butin qui consiste \u00e0 d\u00e9pouiller les corps morts de leurs armes, outils, ornements, habits, etc., la guerre proprement humaine est sanctionn\u00e9e par une pr\u00e9dation mortif\u00e8re des corps vivants sous une forme ou une autre\u00a0: bombardements, massacres ou tueries, viols, etc. Rien de tel chez les animaux non humains, comme les appellent les animalistes.<\/p>\n<p>Tout comme les r\u00e9actions d\u2019autod\u00e9fense agressive, les agressions en tout genre entre individus d\u2019esp\u00e8ces diff\u00e9rentes ou entre groupes d\u2019une m\u00eame esp\u00e8ce rel\u00e8vent du <em>struggle for life<\/em> darwinien et sont sans commune mesure avec les guerres au sens humain du terme. Il y a bien quelques contre-exemples qui paraissent \u00e9tayer l\u2019id\u00e9e d\u2019une violence animale, comme le cas des dauphins m\u00e2les qui commettent des infanticides et s\u2019allient pour forcer une femelle \u00e0 la copulation, ou encore les loutres de mer qui agressent sexuellement et meurtrissent mortellement des phoques bien trop faibles pour pouvoir se d\u00e9fendre<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Mais ce dernier cas d\u2019un d\u00e9cha\u00eenement d\u2019agressivit\u00e9 sans fonction vitale semble plut\u00f4t illustrer un dysfonctionnement pathologique que constituer un fonctionnement normal. Car, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019agression animale est contenue fonctionnellement par des m\u00e9canismes inhibiteurs qui prot\u00e8gent en particulier les femelles et leur prog\u00e9niture de l\u2019agressivit\u00e9 des m\u00e2les. Reste le cas des grands singes (<em>Apes<\/em>) dont la propension \u00e0 la violence est attest\u00e9e tout particuli\u00e8rement chez les m\u00e2les\u00a0: chez les Orang-outans, les grands m\u00e2les se livrent entre eux \u00e0 des combats violents, alors que les petits m\u00e2les violent les femelles\u00a0; les gorilles m\u00e2les commettent des infanticides\u00a0; les chimpanz\u00e9s m\u00e2les brutalisent les femelles et peuvent mener en bande des agressions territoriales qui les am\u00e8nent \u00e0 tuer et violer des chimpanz\u00e9s appartenant \u00e0 des groupes plus vuln\u00e9rables<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. Selon les auteurs de <em>Demonic Males<\/em>, la violence des m\u00e2les humains serait tout naturellement h\u00e9rit\u00e9e de l\u2019anc\u00eatre commun aux hominid\u00e9s et \u00e0 ces esp\u00e8ces de primates\u00a0: la violence masculine serait tout aussi d\u00e9moniaque que celle de ces groupes patrilin\u00e9aires de m\u00e2les apparent\u00e9s qui lancent des raids contre d\u2019autres bandes de chimpanz\u00e9s. Mais la nature m\u00eame de ces combats indissociables du <em>struggle for life<\/em> ne tranche-t-elle pas avec la culture humaine de la guerre\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019opposition entre gorilles et chimpanz\u00e9s, par exemple, na\u00eet des incursions en territoire voisin lorsque les ressources viennent \u00e0 manquer, alors que le marquage du territoire dissuade habituellement de mener de telles incursions. Par contraste, les bonobos vivent dans un territoire sans montagne, au sud de la rivi\u00e8re du Za\u00efre, qu\u2019ils ne partagent pas avec les gorilles qui ont migr\u00e9 vers des montagnes foresti\u00e8res\u00a0: les m\u00e2les n\u2019ayant plus besoin de d\u00e9fendre agressivement leur territoire et les femelles ayant appris \u00e0 se regrouper pour se d\u00e9fendre contre les m\u00e2les contre toute copulation forc\u00e9e ou maltraitance physique, cela aurait permis \u00e0 cette esp\u00e8ce de petits chimpanz\u00e9s de conna\u00eetre une \u00e9volution naturelle qui a drastiquement r\u00e9duit le niveau de violence entre sexes, entre m\u00e2les et entre groupes<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. On pourrait en inf\u00e9rer <em>a contrario<\/em> que l\u2019incursion territoriale d\u2019un groupe animal n\u2019est pas un <em>casus belli<\/em>. Ce serait bien plut\u00f4t un <em>casus necessitatis<\/em> provoqu\u00e9, \u00e0 notre \u00e9poque, par la rar\u00e9faction des ressources cons\u00e9cutives au changement climatique et par la pr\u00e9dation humaine, laquelle r\u00e9duit les territoires naturels des animaux sauvages de mani\u00e8re drastique dans le cadre d\u2019une exploitation industrielle des for\u00eats et de l\u2019extraction des minerais destructrice du milieu naturel. Le <em>casus necessitatis<\/em> est, au sens de Kant, le droit \u00e9quivoque dont jouit l\u2019\u00eatre humain en danger de mort de s\u2019approprier la planche de salut de quelqu\u2019un d\u2019autre avec pour cons\u00e9quence de provoquer<sup>1-2<\/sup> une mort violente\u00a0: pour sa part, Hobbes y voit un droit naturel \u00e0 vivre en usant de toutes les ressources disponibles \u00e0 l\u2019\u00e9tat de nature (ce qui pourrait \u00eatre extrapol\u00e9 \u00e0 l\u2019animal en g\u00e9n\u00e9ral). C\u2019est donc bien la pression sur les ressources qui provoque l\u2019agression du groupe de gorilles par un groupe de chimpanz\u00e9s sup\u00e9rieurs en nombre qui tuent un nourrisson, d\u00e9vor\u00e9 par une femelle chimpanz\u00e9<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>\u00a0: il en irait de m\u00eame pour les chimpanz\u00e9s de Jane Goodall qui sont en comp\u00e9tition pour un territoire et ses ressources<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>\u00a0; <em>a contrario<\/em>, le comportement pacifique des bonobos s\u2019expliquerait par l\u2019absence de comp\u00e9tition pour les ressources naturelles entre eux et des groupes de gorilles. Les animaux ne font pas la guerre et il y aurait un ab\u00eeme entre l\u2019agression animale et l\u2019agressivit\u00e9 humaine \u00e0 l\u2019origine des violences en tous genres. Quand le seuil est-il franchi\u00a0?<\/p>\n<p>Boire et manger implique un pr\u00e9l\u00e8vement tout naturel sur le milieu qui n\u2019est pas encore pr\u00e9dation. La capture animale de la proie \u00e0 d\u00e9vorer n\u2019est pas encore capture \u00e0 la guerre du <em>captif<\/em> \u00e0 d\u00e9vorer, l\u2019incorporation de l\u2019eau n\u2019est pas captation d\u2019une source pour se l\u2019accaparer (<em>caparra<\/em>). Le <em>pr\u00e9l\u00e8vement<\/em> f\u00e9minin des fleurs et des fruits n\u2019est pas de m\u00eame ordre que la <em>pr\u00e9dation<\/em> masculine du butin par les guerriers (vols et viols). La violence proprement humaine commencerait dans cette zone trouble qui s\u00e9pare le pr\u00e9l\u00e8vement de la pr\u00e9dation, la capture de la captation et de l\u2019accaparement \u00e0 l\u2019origine de l\u2019appropriation de la terre et des animaux, tout comme de l\u2019emprisonnement des gens. Si le chasseur sauvage pr\u00e9l\u00e8ve brutalement sans commettre pour autant de violence, qu\u2019en est-il de l\u2019\u00e9leveur qui apprivoise et domestique\u00a0? N\u2019est-ce pas la source originaire de la violence humaine envers les animaux\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">*<br \/>\nnotes<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Nietzsche,<em> Humain, trop humain<\/em> (1886), \u00a7\u00a0452.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> C\u2019est la th\u00e8se de Konrad Lorenz dans son ouvrage sur <em>Le soi-disant Mal<\/em> que serait l\u2019agression dont l\u2019\u00e9thologue autrichien raconte l\u2019histoire naturelle\u00a0: <em>Das sogenannte B\u00f6se \u2013 die Naturgeschichte der Aggression <\/em>(1963), trad. fr. <em>L\u2019Agression\u00a0: une histoire naturelle du mal<\/em> (1977). La traduction inverse \u00e0 tort le titre allemand en enlevant, de surcro\u00eet, le terme <em>soi-disant<\/em> avec pour cons\u00e9quence de pr\u00e9senter \u00e0 contresens l\u2019agression comme un mal, alors que Lorenz soutient qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un instinct n\u00e9cessaire \u00e0 la pr\u00e9servation de la vie et de l\u2019esp\u00e8ce.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a053-54, trad. fr. p.\u00a053-54. <a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a055, trad. fr. p.\u00a056.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p. 7-8, trad. fr. p. 5-7.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, chap.\u00a013 \u00ab\u00a0<em>Ecce homo<\/em>\u00a0\u00bb.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Philippe Descola, <em>Par-del\u00e0 nature et culture<\/em>, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio-essais\u00a0\u00bb, 2005, p.\u00a0583-587. L\u2019hypoth\u00e8se de Descola \u00e0 propos des Jivaros s\u2019inspire de Viveiros de Castro (1993) et s\u2019accorde ainsi avec l\u2019interpr\u00e9tation que l\u2019ethnologue br\u00e9silien propose du monde tupi comme ontologiquement fond\u00e9 sur une \u00e9conomie symbolique de la \u00ab\u00a0pr\u00e9dation cannibale des ennemis\u00a0\u00bb (p.\u00a0545, <em>cf.<\/em> p.\u00a0438).<br \/>\n<a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Lo\u00efc Bollache,<em> Quand les animaux font la guerre<\/em>, humenSciences, 2023, p.\u00a0124-125.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Descola, <em>Par-del\u00e0 nature et culture<\/em> (2005), p.\u00a048-51. <a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a024-25.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Bollache,<em> Quand les animaux font la guerre<\/em> (2023), p.\u00a0127-130.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a076-78.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Richard Wrangham &amp; Dale Peterson, <em>Demonic Males \u2013 Apes and the Origins of Human Violence<\/em> (1997)\u00a0: en voir le chapitre\u00a07 intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Relationship Violence\u00a0\u00bb.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Voir les chapitres\u00a010-11 de <em>Demonic Males<\/em>.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Bollache,<em> Quand les animaux font la guerre<\/em> (2023), p.\u00a0121-122.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> <em>Ibid.<\/em>, p.\u00a028-33.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Animalit\u00e9 de la violence\u00a0? La bestialisation de la violence humaine est un lieu commun. Dans La B\u00eate humaine, Zola met en sc\u00e8ne le conducteur d\u2019une locomotive qui \u00e9prouve une pulsion &hellip; <a href=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/cours-2020-2023-ferrie\/violence-en-tous-genres\/animalite-de-la-violence\/\" class=\"more-link\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\"> &#8220;Animalit\u00e9 de la violence\u00a0?&#8221;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":4331,"menu_order":-1,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-4550","page","type-page","status-publish","hentry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Animalit\u00e9 de la violence\u00a0? - per turbas<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"turba perturbation philosophie politique mouvement mobilisation soci\u00e9t\u00e9 inconscient psychanalyse ethnologie anthropologie pol\u00e9mique nature Clastres Kant per-turbas\" \/>\n<meta name=\"robots\" content=\"index, follow, max-snippet:-1, max-image-preview:large, max-video-preview:-1\" \/>\n<link rel=\"canonical\" href=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/cours-2020-2023-ferrie\/violence-en-tous-genres\/animalite-de-la-violence\/\" \/>\n<meta property=\"og:locale\" content=\"en_US\" \/>\n<meta property=\"og:type\" content=\"article\" \/>\n<meta property=\"og:title\" content=\"Animalit\u00e9 de la violence\u00a0? - per turbas\" \/>\n<meta property=\"og:description\" content=\"turba perturbation philosophie politique mouvement mobilisation soci\u00e9t\u00e9 inconscient psychanalyse ethnologie anthropologie pol\u00e9mique nature Clastres Kant per-turbas\" \/>\n<meta property=\"og:url\" content=\"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/cours-2020-2023-ferrie\/violence-en-tous-genres\/animalite-de-la-violence\/\" \/>\n<meta property=\"og:site_name\" content=\"per turbas\" \/>\n<meta property=\"article:modified_time\" content=\"2024-03-22T15:07:49+00:00\" \/>\n<meta name=\"twitter:card\" content=\"summary_large_image\" \/>\n<meta name=\"twitter:label1\" content=\"Est. reading time\" \/>\n\t<meta name=\"twitter:data1\" content=\"16 minutes\" \/>\n<script type=\"application\/ld+json\" class=\"yoast-schema-graph\">{\"@context\":\"https:\\\/\\\/schema.org\",\"@graph\":[{\"@type\":\"WebPage\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/cours-2020-2023-ferrie\\\/violence-en-tous-genres\\\/animalite-de-la-violence\\\/\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/cours-2020-2023-ferrie\\\/violence-en-tous-genres\\\/animalite-de-la-violence\\\/\",\"name\":\"Animalit\u00e9 de la violence\u00a0? - per turbas\",\"isPartOf\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/#website\"},\"datePublished\":\"2024-03-22T15:06:07+00:00\",\"dateModified\":\"2024-03-22T15:07:49+00:00\",\"description\":\"turba perturbation philosophie politique mouvement mobilisation soci\u00e9t\u00e9 inconscient psychanalyse ethnologie anthropologie pol\u00e9mique nature Clastres Kant per-turbas\",\"breadcrumb\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/cours-2020-2023-ferrie\\\/violence-en-tous-genres\\\/animalite-de-la-violence\\\/#breadcrumb\"},\"inLanguage\":\"en-US\",\"potentialAction\":[{\"@type\":\"ReadAction\",\"target\":[\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/cours-2020-2023-ferrie\\\/violence-en-tous-genres\\\/animalite-de-la-violence\\\/\"]}]},{\"@type\":\"BreadcrumbList\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/cours-2020-2023-ferrie\\\/violence-en-tous-genres\\\/animalite-de-la-violence\\\/#breadcrumb\",\"itemListElement\":[{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":1,\"name\":\"Accueil\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":2,\"name\":\"Cours (2020-2024)\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/cours-2020-2023-ferrie\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":3,\"name\":\"Violences en tous genres\",\"item\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/index.php\\\/cours-2020-2023-ferrie\\\/violence-en-tous-genres\\\/\"},{\"@type\":\"ListItem\",\"position\":4,\"name\":\"Animalit\u00e9 de la violence\u00a0?\"}]},{\"@type\":\"WebSite\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/#website\",\"url\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/\",\"name\":\"per turbas\",\"description\":\"le site philosophique de Christian Ferri\u00e9\",\"publisher\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/f9d39376436e76bb0cb2e044e2d2b73d\"},\"potentialAction\":[{\"@type\":\"SearchAction\",\"target\":{\"@type\":\"EntryPoint\",\"urlTemplate\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/?s={search_term_string}\"},\"query-input\":{\"@type\":\"PropertyValueSpecification\",\"valueRequired\":true,\"valueName\":\"search_term_string\"}}],\"inLanguage\":\"en-US\"},{\"@type\":[\"Person\",\"Organization\"],\"@id\":\"https:\\\/\\\/www.per-turbas.fr\\\/#\\\/schema\\\/person\\\/f9d39376436e76bb0cb2e044e2d2b73d\",\"name\":\"CF-\u00e9dition\",\"image\":{\"@type\":\"ImageObject\",\"inLanguage\":\"en-US\",\"@id\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g\",\"url\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g\",\"contentUrl\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g\",\"caption\":\"CF-\u00e9dition\"},\"logo\":{\"@id\":\"https:\\\/\\\/secure.gravatar.com\\\/avatar\\\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g\"}}]}<\/script>\n<!-- \/ Yoast SEO plugin. -->","yoast_head_json":{"title":"Animalit\u00e9 de la violence\u00a0? - per turbas","description":"turba perturbation philosophie politique mouvement mobilisation soci\u00e9t\u00e9 inconscient psychanalyse ethnologie anthropologie pol\u00e9mique nature Clastres Kant per-turbas","robots":{"index":"index","follow":"follow","max-snippet":"max-snippet:-1","max-image-preview":"max-image-preview:large","max-video-preview":"max-video-preview:-1"},"canonical":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/cours-2020-2023-ferrie\/violence-en-tous-genres\/animalite-de-la-violence\/","og_locale":"en_US","og_type":"article","og_title":"Animalit\u00e9 de la violence\u00a0? - per turbas","og_description":"turba perturbation philosophie politique mouvement mobilisation soci\u00e9t\u00e9 inconscient psychanalyse ethnologie anthropologie pol\u00e9mique nature Clastres Kant per-turbas","og_url":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/cours-2020-2023-ferrie\/violence-en-tous-genres\/animalite-de-la-violence\/","og_site_name":"per turbas","article_modified_time":"2024-03-22T15:07:49+00:00","twitter_card":"summary_large_image","twitter_misc":{"Est. reading time":"16 minutes"},"schema":{"@context":"https:\/\/schema.org","@graph":[{"@type":"WebPage","@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/cours-2020-2023-ferrie\/violence-en-tous-genres\/animalite-de-la-violence\/","url":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/cours-2020-2023-ferrie\/violence-en-tous-genres\/animalite-de-la-violence\/","name":"Animalit\u00e9 de la violence\u00a0? - per turbas","isPartOf":{"@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/#website"},"datePublished":"2024-03-22T15:06:07+00:00","dateModified":"2024-03-22T15:07:49+00:00","description":"turba perturbation philosophie politique mouvement mobilisation soci\u00e9t\u00e9 inconscient psychanalyse ethnologie anthropologie pol\u00e9mique nature Clastres Kant per-turbas","breadcrumb":{"@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/cours-2020-2023-ferrie\/violence-en-tous-genres\/animalite-de-la-violence\/#breadcrumb"},"inLanguage":"en-US","potentialAction":[{"@type":"ReadAction","target":["https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/cours-2020-2023-ferrie\/violence-en-tous-genres\/animalite-de-la-violence\/"]}]},{"@type":"BreadcrumbList","@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/cours-2020-2023-ferrie\/violence-en-tous-genres\/animalite-de-la-violence\/#breadcrumb","itemListElement":[{"@type":"ListItem","position":1,"name":"Accueil","item":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/"},{"@type":"ListItem","position":2,"name":"Cours (2020-2024)","item":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/cours-2020-2023-ferrie\/"},{"@type":"ListItem","position":3,"name":"Violences en tous genres","item":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/cours-2020-2023-ferrie\/violence-en-tous-genres\/"},{"@type":"ListItem","position":4,"name":"Animalit\u00e9 de la violence\u00a0?"}]},{"@type":"WebSite","@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/#website","url":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/","name":"per turbas","description":"le site philosophique de Christian Ferri\u00e9","publisher":{"@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/#\/schema\/person\/f9d39376436e76bb0cb2e044e2d2b73d"},"potentialAction":[{"@type":"SearchAction","target":{"@type":"EntryPoint","urlTemplate":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/?s={search_term_string}"},"query-input":{"@type":"PropertyValueSpecification","valueRequired":true,"valueName":"search_term_string"}}],"inLanguage":"en-US"},{"@type":["Person","Organization"],"@id":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/#\/schema\/person\/f9d39376436e76bb0cb2e044e2d2b73d","name":"CF-\u00e9dition","image":{"@type":"ImageObject","inLanguage":"en-US","@id":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g","url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g","contentUrl":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g","caption":"CF-\u00e9dition"},"logo":{"@id":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/65f88c205a5c581bca7da880d8b1f9ca1f4b8c3d0229d2ed9b48acc1ee61ea6b?s=96&d=mm&r=g"}}]}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4550","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4550"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4550\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4551,"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4550\/revisions\/4551"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/4331"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.per-turbas.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4550"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}